24h après une communication officielle condamnant les frappes israéliennes à Doha, au Qatar, qui a provoqué une vague d’indignation chez plusieurs Congolais, le gouvernement de la République démocratique du Congo (RDC) est revenu sur le devant de la scène pour adresser un message de compassion aux populations du Nord-Kivu, endeuillées par de nouvelles attaques sanglantes attribuées aux Forces démocratiques alliées (ADF), affiliées à l’État islamique.
Alors que les habitants de l’est du pays enterraient leurs morts, la publication d’un communiqué du ministère de la Communication, daté du 9 septembre, a surpris par son absence de visibilité sur les canaux habituels du gouvernement.
Ce communiqué, suivi d’un autre, plus officiel, émanant cette fois de la Primature, a semblé répondre à une urgence de cohérence institutionnelle.
Dans la nuit du 8 septembre, les ADF ont mené deux attaques coordonnées dans les territoires de Lubero et de Beni, tuant au moins 89 civils, selon les autorités congolaises.
À Ntoyo, près de Mangurujipa, 71 personnes ont été tuées et plusieurs autres blessées ou portées disparues.
Des habitations et de véhicules ont également été incendiés. À Fotodu et Avey, dans le territoire de Beni, 18 personnes ont été massacrées.
« Ces actes barbares ont coûté la vie à 89 personnes innocentes », a déploré la Première ministre Judith Tuluka Suminwa, dans un communiqué publié ce 10 septembre.
« Toute la Nation partage leur douleur et leur résilience face à l’adversité. »
Elle a appelé à « l’unité nationale et à la solidarité envers les populations du Nord-Kivu », tout en assurant que le gouvernement « ne ménagera aucun effort pour garantir la sécurité, poursuivre les responsables devant la justice et bâtir un avenir pacifique ».
La veille, un premier communiqué avait été publié par le ministère de la Communication, condamnant les mêmes attaques et affirmant la détermination de l’État à poursuivre les opérations militaires contre les ADF. Cependant, ce message semblait davantage réactif qu’anticipé, et son absence sur les canaux officiels du ministère a alimenté les critiques.
Cette séquence intervient peu après un autre épisode de communication gouvernementale qui a suscité l’incompréhension.
Le même 9 septembre, Kinshasa avait publié un message condamnant les frappes israéliennes à Doha, une prise de position perçue comme inopportune par de nombreux Congolais.
Sur les réseaux sociaux, plusieurs voix ont dénoncé un gouvernement « plus prompt à réagir à l’international qu’à soutenir ses propres citoyens ».
« Quand nos frères meurent à Beni, on attend deux jours pour un communiqué. Mais pour Doha, la réaction est immédiate », a commenté sur X (anciennement Twitter) un utilisateur suivi par plusieurs figures de la société civile.
Pour certains observateurs, cette succession de messages illustre un malaise plus profond dans la gestion politique et médiatique des crises internes.
« La communication gouvernementale peine à établir une hiérarchie claire des priorités. Et cela creuse le fossé entre gouvernés et gouvernants », estime Blaise Mulisha, un analyste basé à Kinshasa.
Le contraste entre les deux séquences a également ravivé le sentiment d’abandon que ressentent les habitants de l’Est du pays, confrontés à des violences sans fin malgré les promesses sécuritaires renouvelées de l’État.
Dans ses deux messages successifs, le gouvernement a tout de même tenu à réaffirmer son engagement.
« Il demeure résolument engagé à poursuivre les opérations militaires et la traque des terroristes », peut-on lire dans le communiqué du 9 septembre, qui évoque la « neutralisation de plusieurs » éléments ADF et la « destruction de leurs bases ».
Mais au-delà des mots, les habitants du Nord-Kivu attendent des actes.
Dans une région marquée par des décennies de conflits, les messages de compassion, aussi sincères soient-ils, ne suffisent plus.
La rédaction

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