Indignation en RDC : Kinshasa compatit avec Doha, mais reste muet face aux massacres dans le Nord-Kivu

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Alors que la République Démocratique du Congo vivait l’une des journées les plus sanglantes de l’année avec plus de 100 civils tués en l’espace de 24 heures dans les territoires de Beni et Lubero, le gouvernement congolais a publié un communiqué officiel via le ministère de la communication et médias pour condamner des frappes israéliennes à Doha, au Qatar.



Le geste, qualifié d’« inacceptable et moralement révoltant » par plusieurs observateurs, a suscité une vague d’indignation dans le pays, où les populations locales dénoncent un silence assourdissant des autorités face aux massacres répétés dans l’est de la RDC.

Dans la nuit du 8 au 9 septembre, des attaques attribuées aux rebelles ougandais des ADF (Forces Démocratiques Alliées), affiliés au groupe État islamique, ont fait plus de 70 morts dans le secteur de Bapere à Lubero, et 19 autres à Beni. À Fotodu-Maleki, près d’Oïcha, au moins 18 personnes ont également péri, certaines à l’arme blanche, selon des sources sécuritaires locales. Des motos, des habitations et des vélos ont été incendiés.

« Les corps, parmi lesquels celui de la sœur cadette du docteur Jérôme Munyambethe, ont été transportés à la morgue de l’hôpital général de référence d’Oïcha avec l’appui des FARDC, de la police et des militaires ougandais », a indiqué un agent de santé sur place.

Dans ce contexte de deuil national officieux, le communiqué du ministère congolais de la Communication, publié ce mardi matin, a surpris plus d’un :

« Le Gouvernement de la République Démocratique du Congo exprime sa profonde préoccupation à la suite des frappes israéliennes menées ce jour à Doha, lesquelles constituent une violation de la souveraineté de l’État du Qatar et risquent d’aggraver une situation régionale déjà fragile », peut-on lire dans le document signé à Kinshasa.

Le texte poursuit en saluant le rôle du Qatar « en tant que médiateur et défenseur du dialogue et de la paix », tout en appelant à la « désescalade » et à la « protection des civils ». D’après le mouvement palestinien Hamas, six personnes ont été tuées dans les frappes israéliennes à Doha, présentées par Tel Aviv comme ayant visé des responsables du groupe.

En RDC, cette prise de position suscite des réactions outrées. Sur les réseaux sociaux et dans les médias, des voix s’élèvent pour dénoncer l’indifférence du pouvoir face aux souffrances de ses propres citoyens.

« Aucun geste de compassion, pas de drapeau en berne, aucune mesure de justice ou de sécurité, mais un reportage sur la mission du commandant suprême au Kazakhstan diffusé sur la RTNC en prime time »,a écrit un journaliste local sur X (ex-Twitter).

Dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri, les populations vivent dans la peur constante d’attaques meurtrières, malgré la présence de l’armée congolaise, des forces ougandaises et de la mission onusienne (MONUSCO), en cours de retrait progressif.

« Nos morts ne comptent pas, apparemment. On massacre des Congolais tous les jours et tout ce que le gouvernement trouve à faire, c’est publier un communiqué sur Doha ? » s’indigne  kahindo Richesse , habitante de Beni, jointe par téléphone.

Aucune réaction officielle du gouvernement n’a été enregistrée, jusqu’à la mi-journée, concernant les massacres survenus à Lubero et Beni. Dans les rues de Goma et de Butembo, des marches spontanées ont été signalées pour dénoncer ce qu’elles considèrent comme une « insulte à la mémoire des victimes ».

Clovis Ali

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