La défenseure des droits humains Chantal Faida a appelé, lundi, les autorités congolaises et les partenaires internationaux à lever les restrictions de connexion et les blocages logistiques imposés en Ituri et au Nord-Kivu, dénonçant des mesures qui paralysent la riposte contre Ebola et aggravent la crise humanitaire dans l’est de la RDC.
« L’heure n’est plus aux demi-mesures. En coupant la connexion avec l’international en Ituri et au Nord-Kivu face à Ebola depuis 10 jours, et depuis 2 ans au Kivu à cause de la crise sécuritaire, nous asphyxions notre propre capacité de riposte. On ne combat pas un incendie en coupant l’accès à l’eau », déclare-t-elle.
Dans son plaidoyer publié ce 25 mai 2026, l’activiste critique les décisions ayant conduit à une déconnexion partielle avec les réseaux internationaux dans plusieurs territoires confrontés aux urgences sanitaires et sécuritaires.
Selon Chantal Faida, cette situation compromet sérieusement les capacités opérationnelles des équipes sanitaires et humanitaires déjà fragilisées par l’insécurité persistante dans l’est du pays.
Elle estime notamment que les restrictions actuelles affectent directement la surveillance épidémiologique, essentielle dans la lutte contre Ebola.
« Comment piloter une riposte efficace contre Ebola si nos alertes, nos données de séquençage et nos suivis de contacts ne peuvent plus être partagés en temps réel ? Isoler ces provinces, c’est laisser le virus circuler dans l’ombre », affirme-t-elle.
Pour plusieurs spécialistes de santé publique, la rapidité du partage des données médicales et scientifiques demeure pourtant un élément central dans la gestion des flambées épidémiques.
L’activiste met également en garde contre les conséquences logistiques des mesures imposées dans les provinces concernées. Le transport des échantillons biologiques vers les laboratoires de référence connaîtrait déjà d’importants ralentissements, compliquant les diagnostics rapides et la prise en charge des cas suspects.
« Maintenir ces restrictions bloque les corridors sanitaires. Sans diagnostic rapide, nous condamnons des familles entières par simple retard bureaucratique », prévient-elle.
Chantal Faida rappelle que plusieurs zones enclavées du Nord-Kivu et de l’Ituri dépendent fortement des mécanismes nationaux et internationaux pour assurer l’acheminement des médicaments, vaccins et équipements médicaux.
Dans son message, elle rend également hommage aux médecins, épidémiologistes et humanitaires travaillant dans les zones affectées, tout en dénonçant leur isolement croissant sur le terrain.
« Nos experts doivent atteindre les zones chaudes sans entraves. Les barrières actuelles découragent les talents et isolent les équipes locales qui se battent déjà au front avec un courage héroïque », souligne-t-elle.
La défenseure des droits humains alerte aussi sur le risque de pénurie de médicaments essentiels et de vaccins de nouvelle génération dans les territoires touchés par les crises sécuritaires.
« Retarder leur acheminement, c’est transformer une épidémie gérable en une tragédie humanitaire majeure », avertit-elle.
Au-delà de l’urgence sanitaire, Chantal Faida insiste sur les conséquences humanitaires de la crise, évoquant les déplacements de populations, la faim et la malnutrition qui fragilisent davantage les communautés exposées aux maladies infectieuses.
« Un corps affaibli par la faim ou déplacé par la guerre est une proie facile pour Ebola. Bloquer l’aide humanitaire au nom de la sécurité est un paradoxe mortel pour nos populations », déplore-t-elle.
Face à cette situation, elle plaide pour l’instauration de corridors humanitaires sécurisés, de ponts aériens sanitaires et de systèmes de communication adaptés afin de maintenir l’assistance aux populations vulnérables.
« Remplaçons ces blocages par des corridors humanitaires sécurisés, des ponts aériens sanitaires et des systèmes de communication cryptés mais fonctionnels », propose-t-elle.
Dans un ton particulièrement solennel, l’activiste appelle également les dirigeants africains et les partenaires internationaux à agir rapidement afin d’éviter une aggravation de la situation humanitaire dans l’est congolais.
« La dignité de l’Afrique se mesure à sa capacité de protéger ses enfants dans la tempête. Leur imposer un black-out sanitaire et humanitaire est une double peine que l’histoire nous reprochera », affirme-t-elle.
Elle conclut son plaidoyer par un appel pressant à l’action.
« Écoutez le cri de nos territoires. Agissons avec la rigueur du professionnel et le cœur d’une mère. Le temps joue contre nous, l’action c’est maintenant », insiste Chantal Faida.
Depuis plusieurs années, les provinces de l’Ituri et du Nord-Kivu restent confrontées à des crises sanitaires récurrentes et à une forte instabilité sécuritaire ayant déjà provoqué des milliers de déplacés internes, perturbé l’accès aux soins et fragilisé les dispositifs de surveillance épidémiologique dans l’est de la République démocratique du Congo.

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