La Journée mondiale du bricolage, célébrée chaque 23 mai, met en lumière à les initiatives de nombreux habitants qui, confrontés à la crise économique et aux difficultés sociales, se tournent vers la réparation, la récupération et la fabrication artisanale pour répondre aux besoins quotidiens et réduire certaines dépenses domestiques.
Dans plusieurs quartiers de Bukavu, le bricolage ne se limite plus à un simple passe-temps. Pour de nombreuses familles affectées par la hausse du coût de la vie, le chômage et les conséquences de l’insécurité dans l’Est de la République démocratique du Congo, réparer un meuble, transformer des objets usés ou fabriquer certains équipements devient progressivement une alternative économique.
Des jeunes, artisans et chefs de ménage développent ainsi différentes activités liées à la récupération des matériaux, à la soudure artisanale, à la menuiserie ou encore à la transformation d’objets abandonnés afin de prolonger leur durée d’utilisation.
« Aujourd’hui, plusieurs personnes préfèrent réparer au lieu d’acheter du neuf parce que les moyens deviennent limités. Même dans les maisons, beaucoup apprennent à bricoler pour économiser », explique Yves Wilondja, un artisan rencontré dans la commune de Kadutu.
Dans certains ateliers de fortune installés le long des avenues ou à proximité des marchés, des objets autrefois considérés comme inutilisables retrouvent une seconde vie. Chaises cassées, radios endommagées, ustensiles ménagers ou appareils électriques défectueux sont régulièrement réparés ou recyclés.
Pour plusieurs habitants, cette culture de la débrouillardise s’est accentuée avec les difficultés économiques observées ces dernières années dans la ville.
Des acteurs communautaires estiment également que le bricolage peut représenter une opportunité d’autonomisation pour les jeunes confrontés au manque d’emploi dans la région.
« Beaucoup de jeunes découvrent aujourd’hui qu’ils peuvent gagner leur vie grâce aux petits métiers manuels. Certains fabriquent des meubles, d’autres réparent des appareils ou recyclent des déchets plastiques », explique Borauzima Kalume Samuel, encadreur de jeunes au sein de structures religieuses.
Dans plusieurs écoles techniques et centres d’apprentissage de Bukavu, des initiatives de formation pratique tentent aussi de promouvoir les métiers manuels auprès des adolescents afin de renforcer leur autonomie économique.
Au-delà de l’aspect économique, certains défenseurs de l’environnement considèrent également le bricolage et la récupération comme des moyens de réduire les déchets dans une ville confrontée à des problèmes croissants d’insalubrité.
La réutilisation de certains objets usagés permettrait notamment de limiter l’accumulation des déchets plastiques et métalliques dans plusieurs quartiers urbains.
Dans certains ménages, les parents encouragent désormais les enfants à développer des compétences pratiques à travers de petites activités de fabrication ou de réparation afin de stimuler leur créativité et leur esprit d’initiative.
« Les enfants apprennent à créer des choses avec peu de moyens. Cela développe leur imagination et leur sens des responsabilités », explique un enseignant de Bukavu.
La Journée mondiale du bricolage apparaît ainsi, pour plusieurs habitants, comme une occasion de valoriser les métiers manuels souvent négligés, mais qui jouent aujourd’hui un rôle important dans la résilience économique des familles vivant dans des contextes difficiles.
Dans une ville marquée par le chômage des jeunes et la précarité sociale, plusieurs observateurs estiment que la promotion des compétences pratiques, du recyclage et de l’innovation artisanale pourrait contribuer à renforcer l’autonomie des communautés locales tout en encourageant la créativité des jeunes générations.
Yseult Lwango

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