Dans la province du Sud-Kivu, notamment à Bukavu, dans le territoire de Kabare et à Uvira, la consommation de boissons fortement alcoolisées chez les jeunes connaît une hausse préoccupante. Dans un contexte marqué par l’insécurité, les tensions sociales et le chômage, de nombreux jeunes se retrouvent exposés à des comportements à risque.
Sur le terrain, plusieurs facteurs expliquent cette situation. Le manque d’emplois figure parmi les principales causes. Depuis près de deux ans, de nombreux jeunes affirment avoir perdu leurs activités à cause des troubles sécuritaires et des difficultés économiques. À cela s’ajoute un climat de peur lié aux affrontements armés dans certaines zones, qui affecte profondément le quotidien des populations.
Pour certains jeunes, l’alcool devient une échappatoire face à la détresse psychologique. Les boissons fortement alcoolisées restent facilement accessibles dans plusieurs quartiers, favorisant une consommation de plus en plus répandue.
Les conséquences sont déjà visibles : déscolarisation, violences, accidents, traumatismes psychologiques et ruptures sociales. Des acteurs communautaires alertent sur une situation qui touche un nombre croissant de jeunes.
À Uvira, un drame récent a particulièrement choqué l’opinion. Une jeune femme d’environ 20 ans est décédée après avoir consommé plusieurs bouteilles d’une boisson fortement alcoolisée appelée Simba Waragi. Selon des témoignages recueillis sur place, elle aurait ingéré près de cinq bouteilles avant de succomber. Ce cas a ravivé les inquiétudes autour de la consommation excessive d’alcool chez les jeunes.
Moïse Kinkumba, psychologue travaillant dans la région, explique :
« Beaucoup de jeunes ne consomment pas seulement pour le plaisir, mais pour anesthésier une douleur psychologique liée aux traumatismes, à la perte et à l’insécurité permanente. »
De son côté, Alfred Mulinga, membre de la société civile, estime que :
« La banalisation de ces boissons et leur accès facile aggravent une situation déjà fragile. Sans encadrement, les jeunes deviennent très vulnérables. »
Dans le territoire de Kabare, un enseignant témoigne également des effets observés dans les écoles :
« Nous avons des élèves qui arrivent en classe sans motivation. Certains décrochent complètement. L’alcool devient un facteur supplémentaire de rupture scolaire. »
Sous couvert d’anonymat, un jeune de Kabare raconte avoir commencé à consommer de l’alcool après avoir perdu son emploi dans un contexte de violences persistantes :
« Avant, je ne buvais pas. Mais cela fait presque deux ans que j’ai perdu mon travail à cause de l’insécurité. Depuis, je n’ai plus rien à faire. J’ai vu des amis être tués pendant les tensions dans la région du Kivu. Deux de mes proches ont perdu la vie. Parfois, je bois parce que je pense que mon tour peut arriver à tout moment. Et parfois, c’est juste pour oublier ce que j’ai vu. »
Ce témoignage illustre une réalité plus large : celle d’une jeunesse confrontée aux traumatismes, à la perte de repères et au manque de perspectives.
Face à cette situation, les acteurs sociaux appellent à une réponse urgente et coordonnée. Ils plaident notamment pour le renforcement de la prise en charge psychosociale, une meilleure régulation de la vente des boissons fortement alcoolisées et la création d’opportunités économiques et éducatives pour les jeunes.
Dans le Sud-Kivu, la hausse de la consommation d’alcool chez les jeunes apparaît ainsi comme le reflet d’un environnement marqué par l’insécurité, le chômage et des traumatismes souvent laissés sans prise en charge.
Yseult Lwango

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