Le conflit armé persistant dans l’Est de la République Démocratique du Congo, notamment dans les territoires occupés par les rebelles du M23-AFC, pourrait aggraver la situation sanitaire déjà fragile dans la région.
Le docteur Nicaise Mathe, coordonnateur du Programme National de Lutte contre le VIH/Sida (PNLS) à la Division Provinciale de la Santé (DPS), antenne de Butembo, tire la sonnette d’alarme sur une probable augmentation des cas de VIH/Sida dans les jours à venir.
Dans un entretien accordé à la presse locale, ce responsable sanitaire a exprimé ses inquiétudes sur l’impact de la guerre sur la propagation du virus dans plusieurs zones affectées.
« Pour le moment, par rapport au VIH, nous pouvons noter que la guerre nous a perturbés, et nous craignons nous-mêmes que le nombre des malades pourrait augmenter dans les prochains jours. Vous savez que lorsque quelqu’un est contaminé, ce n’est pas le même jour qu’il le découvre. Il faut à peu près 40 jours pour que le virus soit détectable», a expliqué Dr Nicaise Mathe.
Il a précisé que cette période de 40 jours correspond au délai d’incubation, pendant lequel le virus est présent mais pas encore détecté par les tests rapides. Cette situation complique davantage la prévention et la prise en charge précoces des nouveaux cas.
Au-delà du VIH/Sida, les infections sexuellement transmissibles (IST) connaissent également une hausse inquiétante dans les zones sous occupation du M23-AFC, notamment à Nyiragongo, Karisimbi, Goma et Masisi.
« Nous avons aussi noté que les IST sont en hausse, surtout dans les zones occupées. Nyiragongo, Karisimbi, Goma, Masisi… Là, les IST sont en nette augmentation. Cela a même un impact sur d’autres provinces, qui ont vu la prévalence des IST grimper jusqu’à 16 % de toutes les consultations », a-t-il poursuivi.
Cette situation est liée à la présence massive de déplacés, à la précarité, mais aussi à la faible couverture en sensibilisation et en accès aux soins dans ces zones en crise.
Malgré ce contexte sécuritaire difficile, Dr Mathe a tenu à rassurer la population sur la disponibilité des traitements antirétroviraux au niveau national.
« Grâce aux accords entre les partenaires techniques et financiers et notre pays, les antirétroviraux sont disponibles jusqu’en 2030. Même si nous avons connu quelques difficultés d’approvisionnement lors de la fermeture de l’aéroport de Goma, les partenaires ont déjà réorganisé les voies d’approvisionnement pour assurer la continuité », a-t-il rassuré.
Il a précisé que les antituberculeux et d’autres intrants essentiels font également partie de ces produits redirigés vers les zones encore sous contrôle du gouvernement.
Dans le Grand Nord, ce sont principalement les villes de Butembo et Beni qui sont les plus touchées par la pandémie du VIH/Sida, en raison de l’accueil de nombreux déplacés de guerre.
Face à ces défis, les autorités sanitaires locales appellent à une mobilisation accrue des acteurs gouvernementaux, humanitaires et communautaires pour renforcer la sensibilisation, le dépistage et la prise en charge du VIH/Sida et des IST dans toutes les zones à risque.
La rédaction

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