RDC : HRW accuse le M23 de massacres à caractère ethnique dans le territoire de Rutshuru

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Plus de 140 civils ont été exécutés en juillet dans le territoire de Rutshuru, dans l’est de la République démocratique du Congo, lors d’une série de massacres que l’organisation Human Rights Watch (HRW) qualifie de campagne de nettoyage ethnique. Dans un rapport accablant publié mercredi, l’ONG pointe du doigt les rebelles du M23, soutenus par le Rwanda, et accuse leur commandement militaire de viser délibérément les civils Hutus et, dans une moindre mesure, Nande.

« Dans les cas documentés par Human Rights Watch, la majorité des victimes appartenaient à l’ethnie hutue, et certaines à l’ethnie nande. Le fait que le M23 s’en prenne à des civils hutus vivant près des bastions des FDLR soulève de graves préoccupations de nettoyage ethnique », a déclaré l’organisation basée à New York.

Selon HRW, les tueries perpétrées dans plusieurs villages de la localité de Binza, dans le nord du Rutshuru, s’inscrivent dans le cadre d’une offensive militaire coordonnée contre les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), un groupe armé à majorité hutue, incluant d’anciens responsables du génocide rwandais de 1994.

Les attaques ont été menées par le 1er Bataillon de la 1re Brigade du M23, sous le commandement du colonel Samuel Mushagara et du général de brigade Baudoin Ngaruye, ce dernier étant déjà sous sanctions de l’ONU pour son implication dans de précédents crimes de guerre. Des témoins affirment que des soldats rwandais auraient pris part aux massacres, identifiables selon eux par leurs uniformes spécifiques et leurs accents.

Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, ainsi que plusieurs sources militaires congolaises, confirment l’implication de l’armée rwandaise, ravivant les tensions déjà vives entre Kinshasa et Kigali.

Face à ce que HRW qualifie de « violations graves du droit international humanitaire », l’ONG appelle à une action urgente et concertée :
« Les responsables de ces crimes doivent être sanctionnés, arrêtés et traduits en justice. Les gouvernements qui apportent une assistance militaire au Rwanda devraient réexaminer leurs programmes pour éviter de soutenir indirectement ces violations », a insisté HRW.

Clémentine de Montjoye, chercheuse au sein de l’organisation, s’est dite indignée par le silence diplomatique entourant ces atrocités :
« Les massacres commis par le M23, soutenu par le Rwanda, montrent le fossé entre la rhétorique internationale et la souffrance des civils dans l’est de la RDC. Les accords de paix ne dispensent en rien de la responsabilité de respecter le droit international humanitaire. »

Les exécutions sommaires documentées par HRW se seraient produites dans au moins 14 villages et communautés agricoles, en majorité peuplés de Hutus. Des survivants ont fait état de fusillades à bout portant, de violences sexuelles, ainsi que de disparitions forcées. Les victimes étaient en majorité des hommes jeunes, mais également des femmes et des enfants.

Selon HRW, le M23 privilégie la terreur et les représailles communautaires comme stratégie d’occupation, réduisant au silence toute tentative de résistance ou de dialogue local.

Alors que le gouvernement congolais poursuit ses efforts diplomatiques pour mobiliser la communauté internationale contre le M23 et son soutien présumé par le Rwanda, ce nouveau rapport vient renforcer la pression sur le Conseil de sécurité des Nations unies, l’Union européenne et les bailleurs de fonds du régime de Kigali.

Pour les observateurs, ces massacres pourraient marquer un tournant dans le conflit à l’Est, en consolidant les accusations de crimes à caractère ethnique contre le M23, déjà pointé du doigt dans plusieurs précédents rapports.

LA REDACTION

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