À Kinshasa, UWEMA ASBL et la Fondation Friedrich Ebert réunissent les acteurs publics, syndicaux et associatifs, les 18 et 19 août 2026 à l’hôtel Memling, pour accélérer la ratification de la Convention 190 de l’OIT et renforcer lutte contre harcèlement et violences au travail.
Organisé par UWEMA ASBL, en partenariat avec la Fondation Friedrich Ebert (FES-RDC), ce colloque national rassemble, dans la capitale de la République démocratique du Congo, des parlementaires, des représentants des ministères du Travail, du Genre et de la Justice, des organisations de la société civile, des leaders syndicaux ainsi qu’un représentant de la Présidence de la République.
Les travaux visent notamment à poser les bases d’un plaidoyer national en faveur de la ratification de la Convention n°190 de l’Organisation internationale du Travail (OIT), adoptée en 2019 pour combattre la violence et le harcèlement dans le monde du travail. Les participants examinent également des propositions d’amendements législatifs destinées à renforcer la protection des travailleurs en République démocratique du Congo.
Pour Constantin Grund, représentant de la Fondation Friedrich Ebert, la présence de plusieurs institutions traduit une volonté d’avancer sur cette question.
« Ce qu’on peut retenir, c’est surtout l’engagement des différents acteurs, surtout politiques, qui étaient avec nous ce matin. Il y avait la Présidence de la République, le ministère du Travail, les organisations de la société civile pour discuter de la Convention 190 et son application ici en RDC contre le harcèlement sexuel », a-t-il déclaré.
Il estime que l’enjeu est particulièrement important pour les travailleurs du secteur informel, qui, selon les échanges tenus lors du colloque, représentent une part très importante du monde du travail en RDC. La Fondation Friedrich Ebert entend ainsi accompagner le processus politique et institutionnel devant conduire à une meilleure protection des travailleurs.
« Nous sommes là pour soutenir le processus politique. La Convention 190 n’est pas là pour rien. Effectivement, la RDC fait partie de l’OIT, donc la question de l’application de la Convention se pose également ici », a ajouté Constantin Grund.
De son côté, Chantal Faïda, coordonnatrice et cofondatrice d’UWEMA ASBL, a insisté sur la nécessité d’élargir la protection aux personnes qui évoluent en dehors du cadre classique du contrat de travail.
Selon elle, les femmes et les hommes sont exposés à différentes formes de violences et de harcèlement, tandis que certaines victimes hésitent encore à dénoncer les faits par crainte de perdre leur emploi.
« Nous voyons qu’il y a beaucoup de violations qui sont faites dans le secteur professionnel en RDC, mais la plupart des victimes ont peur de dénoncer, de peur de perdre leur emploi. Alors aujourd’hui, le gouvernement, avec la société civile, nous sommes en train de rassurer tous les travailleurs et toutes les travailleuses », a expliqué Chantal Faïda.
UWEMA ASBL propose notamment la mise en place de commissions de prévention des violences basées sur le genre dans les entreprises et organisations, ainsi que des mécanismes de signalement accessibles aux victimes. Ces dispositifs devraient prendre en compte les violences psychologiques, physiques, économiques et sexuelles.
L’organisation veut également que la protection soit étendue aux travailleurs du secteur informel, notamment les maraîchères, vendeuses de marché et travailleuses domestiques, ainsi qu’aux stagiaires, bénévoles et personnes à la recherche d’un emploi.
« Même si vous n’avez pas de contrat, même si vous êtes dans le secteur informel, vous êtes sécurisés. C’est ça, vraiment, l’innovation. Et notre pays doit s’aligner », a soutenu la coordonnatrice d’UWEMA ASBL.
Présent à ces assises au nom du ministère de l’Emploi et du Travail, Donat Bagula Muganga a rappelé que la Convention 190 de l’OIT n’est toujours pas ratifiée par la RDC, tout en soulignant que le gouvernement la considère parmi les instruments internationaux prioritaires.
« Cette convention est une des conventions jugées prioritaires par le gouvernement, et nous sommes en train de travailler avec les différents ministères, les différentes institutions de la République, pour arriver à ce que cette convention soit ratifiée, mais non seulement ratifiée, mais arriver surtout à l’aligner aux textes nationaux et à la domestiquer », a-t-il indiqué.
Les discussions portent aussi sur la réforme de l’article 174d du Code du travail, avec l’ambition de consacrer davantage la responsabilité civile de l’employeur et de renforcer les mécanismes de protection des victimes et des lanceurs d’alerte. Les participants travaillent ainsi à la formulation de propositions susceptibles d’être portées auprès des institutions législatives.
Le député national Vitale Muhini, présent aux assises, a pour sa part encouragé les participants à dégager un instrument concret qu’il s’est engagé à soutenir lorsqu’il sera soumis au Parlement.
« On ne peut refuser de soutenir une initiative qui défend le peuple et qui combat toutes les formes de violences », a-t-il déclaré.
Les travaux de ce colloque national se poursuivent ce mercredi 19 août 2026 à l’hôtel Memling, à Kinshasa, ville située dans l’ouest de la République démocratique du Congo, sur la rive gauche du fleuve Congo. Ils doivent déboucher sur des recommandations et des propositions législatives destinées à renforcer la prévention, le signalement et la prise en charge des violences et du harcèlement dans le monde du travail.
En RDC, la question de la protection des travailleurs contre le harcèlement et les violences s’appuie déjà sur certains textes nationaux. Les participants ont notamment rappelé l’existence d’un arrêté du 28 octobre 2005 relatif à la protection des travailleurs liés par un contrat. L’adoption de la Convention 190 de l’OIT, intervenue en 2019, ouvrirait toutefois la voie à une protection plus large, notamment pour les personnes exerçant dans le secteur informel et celles qui ne disposent pas d’un contrat de travail formel.
Elisé Kant

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