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RDC–USA : 54 élus démocrates américains dénoncent l’opacité des accords miniers de Trump et s’inquiètent du cas Dan Gertler

La controverse enfle à Washington autour de la politique de l’administration de Donald Trump visant à sécuriser l’accès américain aux minerais critiques africains. Cinquante-quatre élus démocrates de la Chambre des représentants ont demandé des comptes à l’administration sur les accords conclus avec plusieurs pays producteurs, avec une attention particulière portée au partenariat stratégique entre les États-Unis et la République démocratique du Congo.

Dans une lettre datée du 17 août, les parlementaires, emmenés notamment par Linda Sánchez, Jared Huffman et Jonathan Jackson, dénoncent ce qu’ils considèrent comme un manque de transparence dans les négociations conduites par l’administration Trump. Ils s’adressent directement à l’ambassadeur américain au Commerce Jamieson Greer, ainsi qu’aux secrétaires d’État Marco Rubio, au Commerce Howard Lutnick et au Trésor Scott Bessent.

Au cœur de leurs préoccupations se trouvent les accords sur les minerais critiques, notamment le Strategic Partnership Agreement (SPA) conclu entre Washington et Kinshasa. Cet accord est présenté par l’administration américaine comme un instrument destiné à renforcer les chaînes d’approvisionnement occidentales en cuivre et en cobalt et à réduire la dépendance vis-à-vis de la Chine.

Les 54 représentants estiment toutefois que la course aux minerais stratégiques ne peut se faire au détriment des exigences de transparence, des droits humains et de la protection de l’environnement.

Selon eux, plusieurs accords négociés par l’administration Trump ne comporteraient pas suffisamment de protections contraignantes en matière de droits humains, de droit du travail, d’environnement et de gouvernance.

Les parlementaires veulent également savoir dans quelle mesure les contribuables américains pourraient être exposés aux risques financiers liés à ces opérations, alors même que le Congrès ne disposerait pas, selon eux, d’un niveau de contrôle suffisant sur les engagements pris par l’exécutif.

L’un des passages les plus sensibles de la lettre concerne Dan Gertler, homme d’affaires israélien historiquement très présent dans le secteur minier congolais.

Les élus démocrates s’inquiètent d’informations selon lesquelles Washington pourrait envisager de lever les sanctions américaines visant Gertler afin de faciliter certaines opérations liées au cobalt et aux actifs miniers en RDC.

Gertler a été sanctionné par les États-Unis en décembre 2017 dans le cadre du régime Global Magnitsky. L’administration américaine l’accusait notamment d’avoir utilisé ses relations avec l’ancien président congolais Joseph Kabila pour jouer un rôle d’intermédiaire dans des transactions minières controversées.

La question n’est cependant pas nouvelle. En janvier 2021, dans les derniers jours du premier mandat de Donald Trump, le Trésor américain avait accordé à Gertler une licence levant temporairement certaines restrictions. L’administration Biden avait ensuite révoqué cette autorisation en mars 2021.

Le dossier est redevenu particulièrement sensible depuis que Washington cherche à accroître la participation occidentale dans le secteur minier congolais.

Pour les signataires de la lettre, une éventuelle levée des sanctions ne peut être dissociée de la stratégie américaine de sécurisation des minerais congolais. Ils cherchent notamment à déterminer si une éventuelle mesure concernant Gertler serait directement ou indirectement liée à la conclusion d’un accord permettant à des entreprises américaines ou alliées d’accéder aux ressources en cuivre et en cobalt.

Les parlementaires demandent donc à l’administration de préciser les conditions exactes d’une éventuelle levée des sanctions, les bénéficiaires potentiels d’une telle décision et les garanties mises en place pour éviter que les intérêts privés ne prennent le pas sur les objectifs de politique étrangère américaine.

Les démocrates soulèvent également une autre question particulièrement sensible : le rôle éventuel de Washington dans le financement ou le soutien d’une force paramilitaire destinée à sécuriser des opérations minières en RDC.

Ils souhaitent savoir quelles entités américaines auraient participé à ce dispositif, quelles entreprises minières pourraient en bénéficier et quelles garanties ont été prévues afin que les forces chargées de la sécurisation des sites miniers respectent les droits fondamentaux des populations locales.

Cette question intervient dans un contexte où les activités minières congolaises sont régulièrement associées à des préoccupations concernant les droits humains, le travail des enfants, les violences dans certaines zones d’exploitation et le contrôle des sites artisanaux par des acteurs armés ou des forces de sécurité.

Les 54 représentants demandent à l’administration de répondre à dix questions précises portant notamment sur les garanties en matière de droits humains, les normes applicables aux travailleurs des secteurs miniers, la protection de l’environnement, la transparence des contrats et des investissements, le rôle du secteur privé, les éventuels engagements financiers des États-Unis, le contrôle du Congrès, la traçabilité des minerais, les dispositifs de sécurisation des opérations minières et les éventuelles mesures concernant les sanctions visant Dan Gertler.

Les élus veulent surtout savoir si les accords conclus par l’exécutif américain peuvent créer des obligations financières ou politiques importantes sans que le Congrès ait pu exercer pleinement son rôle de contrôle.

Derrière cette polémique se joue une bataille géopolitique beaucoup plus large. La RDC détient une place centrale dans l’approvisionnement mondial en cobalt, tandis que la Chine occupe depuis plusieurs années une position dominante dans l’exploitation et surtout la transformation de nombreux minerais congolais. Le gouvernement américain cherche donc à renforcer les chaînes d’approvisionnement occidentales et à attirer davantage d’investissements américains dans le secteur.

Le partenariat stratégique entre Washington et Kinshasa prévoit notamment une coopération autour des chaînes d’approvisionnement en minerais critiques et d’infrastructures liées au corridor de Lobito, axe considéré comme stratégique pour l’acheminement des minerais d’Afrique centrale vers les marchés internationaux.

Pour Washington, l’enjeu est à la fois économique, industriel et sécuritaire : réduire la dépendance aux chaînes d’approvisionnement dominées par Pékin et garantir aux entreprises américaines un accès plus sûr au cuivre, au cobalt et à d’autres minerais stratégiques.

Pour la RDC, cette nouvelle controverse américaine intervient alors que Kinshasa cherche à attirer davantage d’investissements occidentaux tout en conservant une plus grande maîtrise de ses ressources naturelles.

Le défi sera de démontrer que les nouveaux partenariats miniers peuvent effectivement générer des revenus, des emplois, des infrastructures et des investissements au bénéfice de l’économie congolaise, tout en évitant la reproduction des pratiques opaques qui ont marqué certains contrats miniers du passé.

La pression exercée par les parlementaires américains pourrait ainsi pousser Washington et Kinshasa à davantage documenter les modalités du partenariat stratégique, notamment les bénéficiaires économiques des opérations, les conditions d’accès aux minerais et les mécanismes de contrôle.

Au-delà du cas Dan Gertler, la lettre des 54 élus met en lumière une contradiction au cœur de la nouvelle politique américaine : Washington veut accélérer l’accès aux minerais critiques pour concurrencer la Chine, mais cette accélération pourrait elle-même susciter des interrogations sur la transparence, les droits humains et la gouvernance.

Les parlementaires démocrates demandent donc que la sécurisation des approvisionnements américains ne se transforme pas en une nouvelle course aux ressources où les intérêts stratégiques et commerciaux primeraient sur les populations locales et le contrôle démocratique.

La balle est désormais dans le camp de l’administration Trump, appelée à expliquer au Congrès qui négocie ces accords, qui les finance, qui en bénéficiera et quelles garanties seront imposées à ceux qui exploiteront les ressources congolaises.

Elisé Kant

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