Acclamé hier comme l’un des dignes fils du Grand Nord porté à la tête du Nord-Kivu, le gouverneur militaire, le Général-Major Somo Kakule Evariste, traverse aujourd’hui une zone de fortes turbulences politiques. Moins de trois ans après son arrivée à la tête de la province sous état de siège, celui qui bénéficiait d’un large soutien populaire voit désormais certains de ses anciens partisans se retourner contre lui.
Au cœur de cette tempête : le député national Crispin Mbindule Mitono, devenu au fil des années un acteur politique aussi imprévisible qu’influent dans l’espace politique du Grand Nord. Pour plusieurs observateurs, l’élu de Butembo agit comme un véritable “virus politique”, capable d’attaquer aussi bien ses adversaires que ses anciens alliés politiques. Du RCD/KML à l’UDPS, en passant par Martin Fayulu et même Vital Kamerhe, peu de figures politiques semblent avoir échappé à ses critiques acerbes.
Aujourd’hui, c’est le gouverneur Somo Kakule qui se retrouve dans sa ligne de mire. Les récentes déclarations de Crispin Mbindule contre l’autorité provinciale ont poussé le gouverneur militaire à saisir la direction provinciale de l’Agence nationale de renseignements ainsi que la Haute Cour militaire afin d’obtenir l’ouverture d’enquêtes contre le député national. Le gouverneur accuse notamment l’élu de Butembo d’avoir rencontré des groupes armés lors d’un séjour dans la ville de Beni et d’avoir tenu des propos injurieux à son encontre dans une émission diffusée sur une radio locale.
Des accusations que Crispin Mbindule rejette catégoriquement. Le député dénonce plutôt une tentative d’intimidation destinée à faire taire les voix critiques sur la gestion sécuritaire du Nord-Kivu sous état de siège. Depuis Kinshasa, plusieurs soutiens politiques et militants de l’UDPS/Tshisekedi sont montés au créneau pour défendre le parlementaire, qualifiant les accusations portées contre lui de “mensonges grossiers”.
Cette crise a désormais des répercussions jusque dans les rangs mêmes de l’UDPS à Beni. Vendredi, un groupe de combattants du parti présidentiel s’est affiché publiquement aux côtés de Crispin Mbindule. Vingt-quatre heures plus tard, une autre aile du même parti apportait son soutien au gouverneur militaire Somo Kakule. Une division qui révèle les profondes fractures internes provoquées par ce bras de fer politique.
Le débat a également gagné les plateaux de télévision à Kinshasa. Au cours d’une émission récente, un notable du Grand Nord a accusé Crispin Mbindule d’entretenir des liens avec l’ex-rébellion du CNDP/M23 et de défendre certains intérêts liés aux ressources minières du Nord-Kivu. Il a notamment rappelé que le député avait été conseiller à Goma d’un ancien ministre provincial issu du CNDP de Laurent Nkunda entre 2009 et 2011. Des accusations graves qui, jusqu’à présent, ne sont accompagnées d’aucune preuve publique.
À l’Assemblée nationale, le député John Mbonda a lui aussi dénoncé ce qu’il considère comme des intimidations visant certains élus du Nord-Kivu et de l’Ituri critiques envers les gouverneurs militaires. Selon lui, le contrôle de l’action publique reste un droit constitutionnel des députés nationaux, même sous état de siège.
Cette confrontation entre le gouverneur militaire et l’élu de Butembo dépasse désormais le simple cadre d’un conflit personnel. Elle expose au grand jour les tensions politiques, les rivalités de leadership et les luttes d’influence qui secouent le Grand Nord dans un contexte sécuritaire déjà explosif.
Depuis l’instauration de l’état de siège en mai 2021, le Nord-Kivu continue de faire face à une insécurité dans sa quasitotalité. Malgré plusieurs opérations militaires et changements à la tête des institutions provinciales, les attentes de la population restent immenses.
LA REDACTION

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