Dans un arrêté rendu public le 4 mai dernier, le ministre de l’Économie, Daniel Mukoko Samba, a annoncé une nouvelle grille tarifaire des produits pétroliers dans la zone Est de la République démocratique du Congo. Depuis ce mardi 5 mai, le litre d’essence est fixé à 4 205 FC, celui du pétrole à 5 000 FC, et le gasoil à 5 395 FC.
Cette mesure concerne plusieurs provinces de l’Est du pays, notamment le Nord-Kivu, le Sud-Kivu, l’Ituri, le Haut-Uele, le Bas-Uele ainsi que le Maniema.
Le week-end dernier, à Beni, le litre d’essence a atteint jusqu’à 22 000 FC, suscitant indignation et inquiétude au sein de la population.
Pour rappel, à la suite d’une réunion du comité de suivi des prix des produits pétroliers tenue à Kinshasa les 15 et 16 avril, le gouvernement avait déjà revu les prix à la hausse, fixant notamment l’essence à 4 400 FC et le gasoil à 5 600 FC dans la zone Est. Cette augmentation avait été justifiée par les coûts logistiques et les difficultés d’approvisionnement liées à la conjoncture internationale.
Cependant, sur le terrain, ces prix officiels ont été largement dépassés, alimentés notamment par des taxes provinciales jugées excessives par certains opérateurs économiques.
Plaidoyer des élus et pression locale
Selon le député national Rémy Mukweso, cette nouvelle baisse est le fruit d’un plaidoyer mené par les élus du Nord-Kivu auprès du ministère de l’Économie. Des délégations venues également de l’Ituri ont été dépêchées à Kinshasa pour défendre la même cause.
« Des mesures viennent d’être prises pour permettre de réduire le prix des carburants. Un contrôle pour la mise en application suivra », a-t-il rassuré.
Entre scepticisme et réalités du marché
Malgré cette annonce, le scepticisme reste de mise au sein de la population. À Butembo, certains habitants redoutent que les nouvelles mesures ne produisent pas les effets escomptés.
« Le prix de 4 200 FC ne tient pas compte des taxes provinciales. Une fois ajoutées, nous risquons de continuer à payer entre 5 500 et 6 000 FC le litre », déplore un habitant.
Un enseignant d’économie abonde dans le même sens : « Le marché a ses réalités. Le prix d’équilibre résulte de la rencontre entre l’offre et la demande, pas simplement d’un arrêté ministériel. »
La hausse actuelle des prix du carburant en RDC s’inscrit également dans un contexte géopolitique tendu, notamment les frictions entre l’Iran, les États-Unis et Israël. Ces tensions ont affecté le détroit d’Ormuz, un passage stratégique pour le transport mondial de pétrole, provoquant une hausse des prix sur les marchés internationaux.
L’économiste Marquis Katsuva explique :
« Le prix du carburant est influencé par plusieurs facteurs : le coût du pétrole brut, le raffinage, le transport, la spéculation et la fiscalité. Le seul levier réel du gouvernement reste la taxation. »
À ce jour, dans plusieurs localités de l’Est, le litre d’essence continue de se négocier entre 5 000 et 8 000 FC, preuve que la nouvelle structure tarifaire peine encore à s’imposer.
Ainsi, malgré la volonté des autorités de réguler le marché, la question de l’effectivité des prix officiels reste entière. Entre fiscalité locale, contraintes logistiques et pressions internationales, le carburant demeure un enjeu économique et social majeur dans cette partie du pays.

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