Nord et Sud-Kivu : selon le REPLAM-NSK, plus de 90 % des radios ont suspendu journaux et émissions de débat

Posted on

Journée mondiale de la liberté de la presse : à l’Est de la RDC, l’information en péril face à l’insécurité

La République démocratique du Congo célèbre, ce 3 mai, la Journée mondiale de la liberté de la presse. Une date symbolique qui rappelle aux autorités leur devoir de respecter et de garantir la liberté de la presse, tout en offrant aux professionnels des médias un cadre de réflexion sur leur rôle, leur éthique et leur responsabilité dans un contexte marqué par les défis sécuritaires et la nécessité de renforcer la cohésion nationale.

Mais sur le terrain, particulièrement dans l’Est du pays, le constat est alarmant. L’information fiable tend à disparaître progressivement, alors que la presse locale fait face à une répression brutale et à des conditions de travail de plus en plus difficiles.

Selon une enquête menée par le Réseau de Plaidoyer des Médias du Nord et du Sud-Kivu (REPLAM-NSK), plus de 90 % des radios ont suspendu leurs journaux et émissions de débat. Les stations encore opérationnelles diffusent des programmes réduits, souvent sous pression sécuritaire. D’autres médias ont cessé d’émettre après avoir été victimes de pillages ou de destructions ciblées.

La faiblesse de la connexion internet dans plusieurs zones aggrave davantage la situation, privant la population d’un accès fiable aux nouvelles technologies de l’information et de la communication. Conséquence directe : la rumeur tend à remplacer l’information vérifiée.

« Dans le contexte actuel, l’information locale est en train de se fragiliser et même de disparaître. Il existe encore des radios actives, mais elles sont extrêmement affaiblies, avec des horaires réduits et sous pression sécuritaire », explique Daniel Shematsi, coordonnateur du REPLAM-NSK.

Il identifie trois catégories de médias dans les zones affectées : ceux qui continuent d’émettre malgré de fortes contraintes, ceux qui ont réduit drastiquement leurs programmes, notamment les journaux et débats, et enfin ceux qui ont été totalement fermés à la suite d’attaques.

Dans certaines localités, des radios ont été pillées ou détruites. À Uvira, au Sud-Kivu, la radio Saoutia Amani a été saccagée. À Kabare, la radio Tshikala de Katana a également été attaquée, avec des équipements emportés par des assaillants. D’autres stations ont disparu ou fermé en raison de leur appartenance ou des pressions subies.

Face à cette situation, les risques sont majeurs.

« Si cette tendance se poursuit, le premier danger sera le silence médiatique. Le second risque, c’est l’effondrement des radios communautaires, qui constituent souvent le seul système d’information pour les populations locales », alerte Daniel Shematsi.

Dans plusieurs territoires comme Rutshuru ou Masisi, certaines zones sont déjà privées d’une information fiable. Dans ces milieux ruraux enclavés, les radios communautaires représentent parfois le seul lien entre les populations et le reste du pays.

Les acteurs du secteur appellent ainsi à des mesures urgentes. Ils demandent aux autorités congolaises d’assurer la protection effective des journalistes, de réduire les restrictions injustifiées sur les contenus et l’accès aux sources d’information, ainsi que de mettre en place un mécanisme de financement en faveur des médias opérant en zones à risque.

« Nous sollicitons également un appui aux journalistes en situation de précarité, ainsi que la mise en place, avec l’appui des partenaires internationaux, d’un fonds d’urgence pour les médias évoluant dans des zones de conflit », plaident-ils.

La survie de la presse locale apparaît plus que jamais comme un enjeu crucial pour garantir le droit à l’information et préserver le tissu social.

  • Share

0 Comments

Leave a comment