RDC : les peuples autochtones pygmées en première ligne dans la coalition nationale des défenseurs des droits humains

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Le lancement de la Coalition nationale des défenseurs des droits humains (DDH) en République démocratique du Congo (RDC) a été salué, jeudi 30 avril à Kinshasa, comme une avancée  dans le renforcement des mécanismes de protection et un nouveau levier de plaidoyer, particulièrement en faveur des défenseurs engagés pour les droits des peuples autochtones pygmées.

Initiée lors d’un atelier organisé par DefendDefenders, en partenariat avec AfricanDefenders, cette coalition est perçue comme une réponse urgente en période caractérisée par des menaces contre les acteurs de la société civile, notamment ceux œuvrant dans les zones rurales et isolées.

Devant la presse, Benani Nkumu John, représentant de la Dynamique de groupe des peuples autochtones (DGPA), a témoigné des réalités difficiles auxquelles font face les communautés pygmées et leurs défenseurs.

« Dans ce cadre, je suis un défenseur des droits humains autochtone pygmée et je représente ma communauté dans cette activité. Nous vivons dans des zones rurales isolées où nous subissons de nombreuses exactions et discriminations de la part de certaines autorités, qui nous traitent comme des bêtes. Lorsque nous réagissons, nous sommes à notre tour victimes d’exactions qui ne sont pas dénoncées, » a révélé Benani Nkumu John, représentant de la Dynamique de groupe des peuples autochtones (DGPA).

Il s’est toutefois réjoui de la mise en place de cette coalition inclusive :« Aujourd’hui, je suis très content du lancement de cette coalition qui nous intègre. C’est un processus inclusif qui nous permet désormais de nous unir avec d’autres acteurs pour que nos voix soient entendues. »

Selon lui, cette initiative ouvre la voie à des actions concrètes de renforcement des capacités pour les défenseurs autochtones, dont les droits spécifiques nécessitent une attention particulière.

De son côté,  Batundi Hangi Vicar, coordinateur national du Foyer de Développement pour l’Autopromotion des Personnes Indigentes et en Détresse (FDAPID), a souligné l’importance de créer une synergie entre les défenseurs des droits humains et ceux engagés spécifiquement pour les peuples autochtones.

« Cette coalition concerne la protection de tous les défenseurs des droits humains. Parmi eux, certains se focalisent sur les droits des peuples autochtones. Il est donc essentiel qu’ils bénéficient également des mécanismes de protection mis en place au niveau national», a-t-il dit.

Il a évoqué la nécessité d’un « pacte de protection mutuelle » entre les communautés et les défenseurs :

« Lorsque les défenseurs militent pour les communautés, ils sont applaudis. Mais lorsqu’ils sont menacés, ils ne reçoivent pas toujours le soutien attendu. La coalition va travailler sur des stratégies visant à renforcer la solidarité et la résilience, afin de créer un climat propice au travail des défenseurs. »

Pour lui, la mise en place de cette coalition constitue déjà une stratégie majeure, née d’un constat alarmant issu de recherches démontrant un vide au niveau national en matière de protection.

« Nous avons des mécanismes provinciaux, mais cette coalition nationale va fédérer les efforts et permettre une protection de proximité, plus rapide et donc plus efficace. »

Il a également insisté sur la nécessité de rendre effective la loi n°23/027 relative à la protection des défenseurs des droits humains en RDC, adoptée récemment mais encore peu appliquée.

Le tableau dressé reste préoccupant : 44 défenseurs des droits humains ont été assassinés depuis 2005, dont une part importante depuis 2023, année même de l’adoption de cette loi. Un moment de recueillement a été observé lors de l’atelier en leur mémoire.

Dans son intervention, Hassan Shire, directeur exécutif de DefendDefenders et président d’AfricanDefenders, a tenu à rassurer sur la place centrale accordée aux peuples autochtones au sein de cette nouvelle structure.

« Les défenseurs des droits des personnes autochtones auront une place prépondérante dans la coalition. Ils seront représentés au sein du conseil d’administration ainsi que dans la mise en œuvre des programmes, avec une attention particulière accordée à leurs préoccupations. »

Les acteurs espèrent bâtir un cadre solide de protection, capable de répondre efficacement aux menaces, tout en renforçant la collaboration entre les différentes composantes de la société civile congolaise.

La Coalition nationale des DDH  est donc une lueur d’espoir pour les défenseurs, en particulier ceux issus des communautés autochtones pygmées, longtemps marginalisées et exposées à des violences silencieuses.

Rédaction

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