RDC : lancement d’une coalition nationale des défenseurs des droits humains à Kinshasa

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 Les défenseurs des droits humains en République démocratique du Congo disposent désormais d’un cadre fédérateur  à l’échelle nationale appelé “coalition nationale des défenseurs des droits humains” .  Ce resau a été officialisé ce jeudi à Kinshasa, lors d’un atelier marquant le lancement d’une coalition réunissant plusieurs réseaux thématiques et provinciaux, en présence de partenaires et de coalitions africaines.

La mise en place de cette structure répond à plusieurs besoins dont  : améliorer la réactivité face aux menaces, faciliter le partage d’informations, optimiser l’utilisation des ressources disponibles et renforcer la résilience collective.

Jusqu’ici, de nombreux réseaux opéraient de manière isolée, limitant leur capacité à répondre efficacement aux attaques et à mener un plaidoyer structuré.

La nouvelle coalition poursuit plusieurs objectifs majeurs, notamment l’établissement formel d’un cadre national des défenseurs des droits humains (DDH), la facilitation des échanges d’expériences, le renforcement des capacités et l’amélioration de la coopération avec les mécanismes régionaux et internationaux.

Annie Bambe, présidente du Forum pour les droits des jeunes et des enfants au Congo et membre du Conseil d’administration d’AfricanDefenders, a souligné l’importance de cette initiative.

« L’ambition des défenseurs des droits humains est que cette coalition soit un bouclier collectif pour ceux qui sont en première ligne. Le droit de défendre les droits humains n’est pas un crime, mais un pilier de la démocratie», a-t-elle dit.

Elle a inscrit cette mobilisation dans une dynamique cruciale pour l’avenir de la démocratie et de l’État de droit en RDC.

Parmi les priorités évoquées figurent la protection de l’espace civique, la publication d’un rapport sur les risques encourus par les DDH, ainsi que la nécessité d’honorer la mémoire des militants tombés dans l’exercice de leur mission.

Annie Bambe a également salué la forte mobilisation des acteurs venus de toutes les provinces, preuve de la vitalité de la société civile congolaise.

Pour le Professeur Rémy Ngoy Lumbu, ancien président de la CADHP et actuel Rapporteur spécial sur les défenseurs des droits de l’homme en Afrique, la création de cette coalition s’inscrit dans une dynamique internationale normale.

« Dans tous les pays, les ONG s’organisent en coalition. Il n’y a aucune structure dans ce monde moderne qui peut travailler seule face à l’État, » a-t-il rappelé.

Il a insisté sur la nécessité pour les défenseurs de travailler dans l’unité, la solidarité et la complémentarité, évitant toute concurrence inutile.

« Le mot le plus important qui ressort, c’est la complémentarité. Les défenseurs doivent harmoniser leurs actions et coopérer. La moisson est abondante en matière de droits humains, mais il y a très peu d’ouvriers, » a-t-il insisté.

Comparant les DDH aux globules blancs, il a rappelé leur rôle essentiel dans la protection de la société contre les abus. Il a également salué l’adoption de la loi n°23/027 du 15 juin 2023 relative à la protection des défenseurs des droits humains en RDC.

Une initiative attendue depuis plus de 20 ans

De son côté, Hassan Shire, directeur exécutif de DefendDefenders et président d’AfricanDefenders, a qualifié cette journée d’historique, rappelant que l’idée de créer une telle coalition remonte à plus de deux décennies.

« Il y a eu une tentative de mettre sur pied cette coalition depuis plus de 20 ans. Aujourd’hui, c’est une journée historique. C’est la 23ème coalition nationale créée à travers le continent africain, » a déclaré Hassan Shire, directeur exécutif de DefendDefenders et président d’AfricanDefenders.

Il a précisé que cette structure repose sur trois piliers principaux : le renforcement de la protection des membres, la mise en place d’une plateforme commune de renforcement des capacités, et la construction d’une voix collective forte au niveau national et international.

Hassan Shire a également rendu hommage aux défenseurs disparus, évoquant notamment Floribert Chebeya, figure emblématique de la lutte pour les droits humains en RDC.

La cérémonie a été marquée par un moment de recueillement en mémoire de plus de 40 défenseurs des droits humains décédés. Des bougies ont été allumées en leur honneur, tandis qu’un portrait de Floribert Chebeya a été dévoilé, constituant l’un des temps forts de l’événement.

La présence de plusieurs personnalités, dont l’ambassadrice des Pays-Bas en RDC, a témoigné de l’intérêt international pour cette initiative.

Les défenseurs des droits humains en RDC espèrent désormais renforcer leur coordination, mutualiser leurs efforts et faire face plus efficacement aux défis persistants.

La rédaction

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