À l’occasion de la Journée internationale des enfants des rues, célébrée chaque année le 12 avril, la situation des enfants vivant dans la rue en République démocratique du Congo suscite une vive inquiétude, particulièrement dans les provinces de l’Est, où les conflits armés continuent de fragiliser des milliers de familles.
Dans des villes comme Bukavu, Goma ou encore Uvira, le phénomène des enfants en situation de rue ne cesse de prendre de l’ampleur.
La guerre, les déplacements forcés, la pauvreté et la désintégration du tissu familial figurent parmi les principales causes de cette réalité qui prive des enfants de leurs droits fondamentaux, notamment le droit à la protection, à l’éducation et à une vie digne.
Selon plusieurs acteurs de la protection de l’enfance, l’intensification des violences dans certaines zones du Nord et du Sud-Kivu a contribué à une augmentation visible du nombre d’enfants livrés à eux-mêmes dans les centres urbains.
Dans la rue, ces enfants font face à des conditions de vie extrêmement difficiles. Ils sont exposés à la faim, aux maladies, à l’exploitation, à la consommation de substances nocives et à différentes formes de violences. Leur quotidien est marqué par la survie.
Cette situation constitue une violation de plusieurs dispositions essentielles de la Convention relative aux droits de l’enfant (CDE). L’article 19 impose aux États l’obligation de protéger les enfants contre toutes formes de violence, d’abandon ou de négligence, une exigence manifestement mise à mal dans le contexte des enfants livrés à eux-mêmes dans la rue.
L’article 27 garantit à chaque enfant un niveau de vie suffisant pour assurer son développement physique, mental et social, ce qui contraste fortement avec les conditions précaires observées. Enfin, l’article 28 consacre le droit à l’éducation, un droit largement compromis pour ces enfants contraints de survivre au quotidien au détriment de leur scolarisation.
« Parfois, je passe toute la journée sans manger. Je dors dehors avec mes amis. Quand il pleut, on se cache comme on peut », confie un enfant de 13 ans, rencontré dans les rues de Bukavu.
Un autre, âgé d’environ 11 ans, explique avoir fui son village à la suite des affrontements armés.
« Chez nous, il y avait des tirs. On a fui avec ma famille, mais je me suis retrouvé seul. Depuis, je vis dans la rue », raconte-t-il.
Pour une adolescente de 14 ans, la rue est devenue un refuge malgré les dangers.
« Je sais que ce n’est pas une bonne vie, mais je n’ai nulle part où aller. Ici, on se débrouille entre nous », témoigne-t-elle.
Face à cette situation, les défenseurs des droits des enfants tirent la sonnette d’alarme. Ils appellent à une mobilisation urgente des autorités, des organisations humanitaires et de la société civile afin de renforcer les mécanismes de protection et de prise en charge.
« La rue ne doit jamais être une option pour un enfant. Ce que nous observons aujourd’hui à l’Est du pays est le résultat direct des conflits et du manque de réponses adaptées. Il est urgent de mettre en place des solutions durables pour la réinsertion et la protection de ces enfants », souligne Patrick Bujiriri, défenseur des droits de l’enfant, contacté par notre rédaction.
Au-delà de l’assistance d’urgence, plusieurs acteurs insistent sur la nécessité de s’attaquer aux causes profondes du phénomène, notamment la pauvreté, l’insécurité et l’absence de structures d’encadrement adaptées. Ils plaident également pour le renforcement des politiques publiques en matière de protection de l’enfance.
Dans ce contexte, la Journée des enfants des rues apparaît comme un moment clé pour sensibiliser l’opinion et rappeler que ces enfants ne sont pas des délinquants, mais avant tout des victimes nécessitant protection, accompagnement et opportunités.
À l’Est de la RDC, où les crises humanitaires persistent, la situation des enfants des rues reste un défi majeur. Derrière chaque regard, chaque silence, se cache une histoire marquée par la rupture, la peur et l’espoir fragile d’un avenir meilleur.
Sur le plan communautaire, certaines initiatives locales tentent néanmoins d’apporter des réponses concrètes. Des familles d’accueil, des structures religieuses et des éducateurs sociaux s’engagent, souvent avec des moyens limités, à encadrer ces enfants, à leur offrir une écoute et parfois une réinsertion progressive. Des églises organisent des programmes d’alphabétisation, des repas communautaires et des activités de sensibilisation, tandis que des éducateurs de rue multiplient les efforts pour maintenir un lien avec ces enfants et prévenir leur marginalisation.
Cependant, ces actions, bien que louables, restent insuffisantes face à l’ampleur du phénomène. Les spécialistes de la protection de l’enfance soulignent la nécessité d’une approche intégrée, combinant assistance psychosociale, réintégration familiale, accès à l’éducation et accompagnement économique des ménages.
Enfin, cette situation interpelle directement la responsabilité des familles et de la société dans son ensemble. Dans un contexte marqué par les crises, il devient essentiel de renforcer les mécanismes de soutien aux parents afin de prévenir les ruptures familiales. Les parents sont appelés à jouer pleinement leur rôle de protection et d’encadrement, avec l’appui des communautés et des institutions, afin d’éviter que la rue ne devienne une alternative pour les enfants.
Yseult Lwango

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