RDC : face aux menaces sécuritaires, l’ACEDH et le FDAPID forment les défenseurs de l’environnement aux outils numériques pour protéger les communautés

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En République démocratique du Congo, les défenseurs de l’environnement et des droits fonciers jouent un rôle clé dans la protection des ressources naturelles et la défense des communautés locales.

Leur engagement, souvent non violent, vise à sécuriser l’accès à la terre, à surveiller l’exploitation des minerais et du bois, et à revendiquer des retombées équitables issues des aires protégées. Mais ces acteurs sont confrontés à des menaces persistantes, allant des intimidations aux arrestations arbitraires, en passant par des violences ciblées.

Dans les provinces de l’Est, notamment au Nord-Kivu, Sud-Kivu, Ituri, Maniema et Haut-Uele, ces risques sont exacerbés par un contexte sécuritaire instable et des tensions liées à l’exploitation des ressources naturelles. Selon des organisations locales, les défenseurs sont exposés à des formes de répression variées, incluant enlèvements, détentions illégales, campagnes de dénigrement ou encore cyberattaques.

Face à cette situation, le consortium composé du Foyer de Développement pour l’Autopromotion des Personnes Indigentes et en Détresse (FDAPID) et de l’Alerte Congolaise pour l’Environnement et les Droits de l’Homme (ACEDH), avec l’appui de l’Open Society Foundation, a lancé une série d’ateliers de formation dans le cadre du projet visant à créer un climat plus favorable au travail de ces défenseurs.

Ces sessions, organisées à la fois en ligne et en présentiel selon les contraintes sécuritaires, visent à renforcer les capacités de près de 185 participants issus d’organisations de la société civile, de médias et de communautés locales.

Les formations portent notamment sur l’utilisation sécurisée des nouvelles technologies de l’information et de la communication, le contrôle citoyen des projets à impact environnemental, ainsi que les mécanismes juridiques de protection.

À Bunia et Isiro, où certaines sessions ont débuté dès le 9 avril, journalistes, militants et leaders communautaires ont échangé dans un climat marqué à la fois par l’engagement et la prudence.

« Ces ateliers abordent des enjeux majeurs : l’accès à l’information d’intérêt public, la participation citoyenne et la protection des défenseurs », a déclaré Maître Olivier Ndoole, avocat d’intérêt public au sein de l’ACEDH.

« Il est crucial que les participants comprennent comment les nouvelles technologies peuvent sécuriser leur travail malgré les défis de connectivité et de sécurité. »

La RDC, qui concentre une part importante des ressources stratégiques mondiales, notamment le cobalt utilisé dans les technologies de transition énergétique, attire des intérêts économiques majeurs.

Selon l’Agence internationale de l’énergie, le pays assure environ 70 % de la production mondiale de ce minerai. Cette richesse alimente toutefois des conflits récurrents, plaçant les défenseurs en première ligne.

Des organisations internationales, dont Global Witness, classent régulièrement la RDC parmi les pays les plus dangereux pour les défenseurs de l’environnement.

Malgré l’existence de cadres juridiques nationaux et internationaux, l’impunité reste un défi majeur. Amnesty International souligne que de nombreuses violations ne donnent lieu à aucune poursuite.

Les formations intègrent également des outils pratiques, tels que la cartographie participative et les techniques de documentation des violations.

Dans certaines zones rurales, ces méthodes ont déjà permis de signaler des exploitations illégales. Mais les limites persistent, notamment en raison d’un accès inégal aux technologies et des risques liés à leur utilisation.

Au-delà des aspects techniques, les ateliers mettent en lumière les défis structurels auxquels font face ces acteurs, notamment la question de leur légitimité et de leur représentativité au sein des communautés. Dans certaines régions, l’absence de médiation efficace a contribué à l’aggravation des conflits fonciers.

Pour les organisateurs, l’objectif est de favoriser une approche coordonnée, combinant prévention, partage d’expériences et renforcement des mécanismes de protection. Mais tous reconnaissent que ces initiatives ne suffisent pas à elles seules.

« Il s’agit de créer un environnement propice au travail des défenseurs, mais cela nécessite un engagement réel des autorités et des partenaires », a ajouté Maître Ndoole.

Alors que la RDC occupe une place centrale dans les enjeux climatiques mondiaux, la protection de ses défenseurs apparaît comme un enjeu déterminant. Si les ateliers constituent une étape importante, les observateurs s’accordent à dire que leur impact dépendra de la volonté politique et de la capacité des institutions à garantir la sécurité et les droits de ces acteurs sur le terrain.

la redacion

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