Le mouvement citoyen Machozi ya Raïya a adressé une lettre ouverte au président congolais Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, l’exhortant à intervenir « de toute urgence » pour mettre fin à la crise qui paralyse depuis plusieurs jours la ville d’Uvira, dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC).
Dans une lettre datée de ce lundi 7 septembre et transmise à la presse, les membres du mouvement dénoncent une situation « alarmante » dans cette ville stratégique du Sud-Kivu, où les activités économiques, sanitaires et scolaires sont à l’arrêt depuis quatre jours.
« Les marchés sont clos, privant des milliers de familles de leurs seuls revenus, les pharmacies sont inaccessibles et les centres de santé ne fonctionnent qu’au ralenti », alerte Machozi ya Raïya, qui parle d’un risque de « surmortalité » parmi les patients vulnérables.
Au cœur de cette tension : la présence du général Gasita Olivier, récemment nommé à la tête des opérations et du renseignement militaire de la 33ᵉ région basée à Uvira. Sa désignation est perçue localement comme « une provocation », selon le mouvement, en raison de son passé controversé.
« Il ne serait peut-être pas opportun de rappeler ici les lourdes responsabilités qui lui sont attribuées dans la perte précipitée de villes et territoires stratégiques », indique la lettre, tout en soulignant que « ce souvenir encore vif nourrit aujourd’hui la méfiance et la colère populaire à Uvira. »
Bien que les autorités militaires aient publiquement défendu cette nomination, Machozi ya Raïya considère que le débat ne peut se limiter à la loyauté présumée de l’officier.
« Le débat ne devrait plus se limiter à la loyauté supposée du général comme l’a si élégamment rappelé le porte-parole de l’armée à la RTNC, mais bien à la préservation de vies humaines », insiste le mouvement.
Le mouvement avertit que la situation pourrait dégénérer en affrontements entre les FARDC (Forces armées de la RDC) et des groupes armés locaux, dont les Wazalendo, entraînant de lourdes pertes humaines et un effondrement de l’autorité de l’État dans cette zone frontalière.
« Un nouveau affrontement entre les FARDC et les Wazalendo au cœur de la ville provoquerait des pertes humaines que l’ennemi, très courtoisement, exploiterait pour s’emparer d’Uvira à moindre effort », écrit le collectif.
Dans un ton respectueux, mais ferme, le mouvement propose une solution pour désamorcer la crise : la mutation du général Gasita hors de la province du Sud-Kivu.
« Agir dans ce sens ne serait en rien une concession, mais bien une démonstration de force, de l’écoute, de sagesse et de responsabilité institutionnelle », soutient Machozi ya Raïya.
Le mouvement conclut sa lettre en réaffirmant sa loyauté à l’État congolais, tout en appelant à des actes forts et rapides pour éviter un embrasement dans cette région déjà fragilisée.
>« Le pouvoir de l’État ne se décrète pas uniquement, il se construit aussi sur la confiance, l’adhésion et par la légitimité des citoyens », martèle la lettre signée par Mussa Ali Rutamu, coordonnateur provincial au Sud-Kivu.
Le bureau de la présidence n’avait pas encore réagi officiellement ce lundi matin à cette interpellation.
Clovis Ali

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