RDC : Kabila face à la Haute Cour militaire, images à l’appui, la thèse de la complicité avec les rebelles AFC/M23 se précise

Posted on

Treize images projetées jeudi lors d’une audience à la Haute Cour militaire de Kinshasa ont semé le trouble dans les travées du tribunal : elles montrent l’ancien président congolais Joseph Kabila aux côtés de Corneille Nangaa, chef du mouvement rebelle AFC/M23, confortant les accusations de complicité dans les violences qui ravagent l’Est de la République démocratique du Congo.

Le procès historique qui oppose le parquet général militaire à l’ex-chef de l’État congolais pour participation à un mouvement insurrectionnel, crimes contre la paix et la sécurité de l’humanité, homicide intentionnel, trahison, apologie de crimes, viol, torture, déportation et occupation armée de Goma, a franchi jeudi une étape symbolique. Les photos projetées, prises dans des lieux non précisés, montrent Joseph Kabila debout à la droite de Nangaa.

« Le subordonné se met toujours à gauche, et le responsable à droite », a commenté le lieutenant général Jérôme Likulia, chef du parquet général militaire, laissant entendre une hiérarchie implicite entre les deux hommes.



L’ancien président, qui a dirigé la RDC de 2001 à 2019, comparaît pour des faits graves remontant à la période post-présidentielle, où il est accusé d’avoir soutenu la rébellion armée qui déstabilise l’Est du pays, notamment à Goma, chef-lieu de la province du Nord-Kivu.

Lors de l’audience de jeudi, des pièces à conviction versées au dossier ont été lues à haute voix par la colonel Jeanne-Françoise Ngalula, greffière en chef de la Haute Cour militaire. Parmi elles : un extrait d’interview accordée par Joseph Kabila à Radio France Internationale (RFI), un rapport de vérification sur le camp de déplacés de Mugunga, et une déclaration du Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l’homme (BCNUDH).

« Tous ces éléments convergent vers une implication directe ou indirecte du prévenu dans la coordination ou la facilitation des opérations du M23 et de l’AFC», a soutenu le parquet.



Jeudi également, l’association « Action d’accompagnement des veuves et d’orphelins victimes de crimes de guerre » (AVOVIG) s’est constituée partie civile. Elle rejoint une coalition d’organisations de la société civile et de familles de victimes qui exigent justice pour les exactions perpétrées à l’Est.

« Nous voulons que le monde entende la voix des victimes, celles que l’on oublie trop souvent derrière les chiffres des conflits armés », a déclaré Maître Richard Bondo, coordinateur des parties civiles, à la sortie de l’audience.

Ce dernier a par ailleurs versé deux nouveaux documents au dossier : le pacte de Nairobi et l’accord d’Addis-Abeba, signés notamment par Joseph Kabila sous le nom de H.K., pour Hyppolite Kanambe, son identité officielle.


À l’issue de cette audience marquée par la présentation d’éléments visuels et écrits jugés « accablants » par le parquet, la Cour a accordé un délai de deux semaines aux parties civiles pour préparer leurs plaidoiries.

« Nous vous proposons de prendre deux semaines et que nous nous retrouvions le 20 août afin que vous vous complétiez, au lieu de vous reprendre », a conclu le président de la Haute Cour militaire avant de suspendre l’audience.

Reste à voir si les preuves suffiront à établir la culpabilité d’un ancien chef d’État qui a longtemps incarné le pouvoir à Kinshasa.

  • Share

0 Comments

Leave a comment