L’Organisation non gouvernementale AIDPROFEN a présenté, ce jeudi 10 juillet à Goma, les résultats d’une vaste étude portant sur la durabilité du retour des déplacés internes dans leurs villages d’origine, en province du Nord-Kivu, à l’Est de la République démocratique du Congo.
Réalisée en mai 2025, cette étude a bénéficié du soutien technique et financier du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) et du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR). Elle s’est concentrée sur quatre territoires du Nord-Kivu parmi les six que compte la province : Nyiragongo, Beni, Rutshuru et Masisi, ainsi que sur plusieurs quartiers de la ville de Goma.
L’enquête a couvert 24 villages, dont Burambo, Kiribiga, Hehu, Kingarame et Rulimba à Nyiragongo, Mabalako, Oicha, Mutwanga, Mbau, Nobili et Kamango à Beni, Rugari, Rubare, Ntamugenga, Jomba, Rutshuru-centre et Kiwanja dans le Rutshuru, ainsi que Sake, Bweremana, Kitshanga, Mweso, Lushebere, Masisi-centre et Rubaya dans le Masisi.
Au total, 875 ménages de retournés (53 % de femmes et 47 % d’hommes) et 420 personnes déplacées internes (dont 80 % sont des femmes) ont été interrogés.
« L’objectif était d’évaluer la durabilité des retours de ces populations dans leurs milieux d’origine, à travers des aspects liés à la cohésion sociale, l’éducation, la santé, les infrastructures, les services sociaux de base et la sécurité », explique Pascal Mulindwa, chargé de projet chez AIDPROFEN.
L’un des constats majeurs de cette étude concerne le manque de sécurité dans les zones de retour. « En ce qui concerne la durabilité, on a essayé un peu de regarder par rapport à la sécurité des personnes qui sont rentrées », déclare M. Mulindwa.
Il ajoute :
« Il y a des incidents qui sont toujours signalés, soit en allant vers les points d’eau, soit en allant au marché ou aux champs. »
Ces incidents constituent 63 % des menaces recensées par les personnes retournées, un chiffre qui reflète l’insécurité toujours présente, malgré la reprise progressive de certaines localités par les autorités.
Éducation : un secteur en détresse
L’étude s’est également penchée sur l’accès à l’éducation, secteur fortement impacté par les déplacements prolongés. Selon les résultats :
- Seuls 63 % des enfants retournés ont accès à l’éducation de base.
- 88 % rencontrent des difficultés à obtenir des fournitures scolaires.
- 7 % des écoles sont endommagées par les conflits armés.
- 15 % manquent de matériel didactique.
Ces chiffres traduisent la vulnérabilité persistante des enfants dans les zones de retour et la nécessité d’une intervention rapide dans le secteur éducatif.
Malgré ces nombreux défis, l’étude met également en lumière la capacité d’adaptation des communautés. « Dans les localités libérées, les populations commencent à s’adapter petit à petit aux nouvelles autorités », reconnaît Pascal Mulindwa.
Et de nuancer :
« Même si c’est au ralenti, la collaboration entre les autorités locales et la population s’installe progressivement. Cela laisse entrevoir des avancées positives. »
Si l’étude d’AIDPROFEN sonne comme un diagnostic sans complaisance, elle sert également de feuille de route pour les partenaires humanitaires et les autorités.
Pour le PNUD, l’enjeu est de cibler les interventions sur les besoins réels des retournés. « Cette étude nous a permis de voir s’il existait déjà des infrastructures de base et de cerner les véritables attentes des communautés », confie Isaac Kayaya, chargé de programme du bureau du PNUD à Goma.
De son côté, Gaël Mokani, participant à la séance de restitution, estime que :
« Les résultats présentés ouvrent la voie à de nouvelles réflexions, pour développer des projets adaptés aux réalités du terrain. »
En somme, l’étude de l’ONG AIDPROFEN met en exergue les difficultés majeures rencontrées par les retournés dans le Nord-Kivu, mais aussi leur capacité de résilience et les possibilités d’appui. Il revient désormais aux autorités, aux organisations humanitaires et à la société civile de transformer ces données en actions concrètes, pour accompagner dignement les populations affectées par les conflits.
© La Rédaction

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