Les récentes vagues de violences extrêmes à Kasindi-Lubiriha, dans le secteur Ruwenzori du territoire de Beni, à l’Est de la République Démocratique du Congo, peignent une réalité inquiétante pour ses habitants. Depuis le dernier trimestre de l’année 2024, chaque nuit est marquée par des actes de banditisme qui ont plongé la population dans un climat de peur et d’incertitude. Les nuits des 27 et 28 mars 2025 ont été particulièrement marquées par des cambriolages massifs dans les quartiers de Congo ya sika, Mwangaza, et Kamirongo, dans le groupement Basongora en province du Nord-Kivu.
Des malfrats ont fait irruption dans plusieurs domiciles, emportant des biens précieux, semant la terreur parmi les habitants, et déstabilisant davantage la quiétude de la région. En dépit des patrouilles nocturnes, aucun des auteurs de ces actes n’a été appréhendé.
“Ceux qui mettent en mal notre sécurité veulent encore s’activer. Cette situation doit nous interpeller, nous en tant que population, car ces ennemis sont prêts à tout moment. Nous devons reprendre notre attitude de veiller sur nos biens et nos familles, tout en passant la nuit autour du feu. En agissant ainsi, nous pouvons stopper ce moment macabre et neutraliser les bandits. Les services de sécurité doivent travailler conformément à leur mission régalienne”, a recommandé Matthieu Ivogha dans une interview exclusive accordée à lesvolcansnews.net
L’origine de cette montée du banditisme
Le phénomène du banditisme prend de l’ampleur pour des raisons complexes. Certains jeunes, privés de perspectives d’avenir, se tournent vers la criminalité comme une alternative. D’autres, victimes d’une société marquée par la consommation d’alcool et d’autres drogues, sont devenus plus sensibles à l’attrait de la vie facile.
Les cambriolages touchent non seulement les maisons d’habitation et les commerces, mais aussi des lieux sacrés comme les églises et les établissements scolaires, rendant la situation d’autant plus inquiétante. Les agents de sécurité, débordés par l’ampleur de la tâche, peinent à juguler l’ascension de ce réseau de jeunes délinquants, constitués aussi bien de Congolais que d’Ougandais. La porosité de la frontière congolo-ougandaise, avec la rivière Lubiriha comme ligne de démarcation, facilite cette coopération criminelle transfrontalière.
*Un aveu d’impuissance
La justice, quant à elle, semble incapable de juguler cette crise. Les cas de récidivistes alimentent un débat intense sur l’efficacité du système judiciaire dans la région de Beni.
“Ce qui inquiète l’opinion publique, c’est que, en dépit de nos efforts quotidiens, les voleurs ne durent jamais en prison. La plupart d’entre eux sont des enfants connus au sein de la communauté locale. Nous avons maintes fois assisté à leurs arrestations, mais une fois conduits au parquet, vous êtes surpris de les rencontrer quelques jours après dans les rues, libres de leurs mouvements”, s’indigne Madame Solange Masika, une habitante de la localité.
Cette situation laisse un sentiment de frustration et d’impuissance au sein de la population, qui n’arrive pas à comprendre pourquoi ces délinquants semblent toujours échapper à la justice, malgré des preuves accablantes.
Des mesures insuffisantes face à l’ampleur de la menace
Face à cette situation alarmante, le Gouverneur militaire du Nord-Kivu, le Général Major Éva Somo, a pris des mesures pour renforcer la sécurité. La semaine dernière, elle a remis quatre motos au comité local de sécurité afin de faciliter les déplacements lors des alertes, dans le but d’intervenir plus rapidement en cas de besoin. Cependant, ces mesures semblent insuffisantes face à la montée en puissance des bandits qui continuent de semer la terreur en toute impunité.
“Jusqu’à présent, les bandits se baladent en électron libre et les stratagèmes mis en place par le centre de coordination des opérations (CCO) du sous-commissariat de Kasindi ne semblent pas inspirer confiance auprès de la population. Nous méritons une tranquillité sécuritaire, comme l’indique la constitution de la République Démocratique du Congo”, conclut Matthieu Ivogha.
Ainsi, Kasindi continue d’être le théâtre d’une insécurité grandissante, et les habitants attendent des actions plus concrètes et efficaces pour rétablir la paix et la sécurité dans leur région. Les appels à l’aide se multiplient, mais les résultats tardent à se faire sentir.
Paul Zaïdi

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