D’aucun n’est convaincu que les autorités disposent d’un plan pour sécuriser la ville de Goma. La population fournit au quotidien des efforts pour développer la ville, mais la contribution des autorités notamment au niveau de la sécurisation fait planer d’importants doutes, selon plus d’un observateur qui cite entre autres les séries d’assassinats, les 40 voleurs et le kidnapping qui s’est érigé en phénomène.
Deux morts et deux blessés par balles, par des bandits armés venus à moto, ce jeudi à 18h, au terminus-ULPGL, c’est le dernier cas en date, illustratif de l’insécurité généralisée à Goma. Un habitant du terminus interrogé à la suite de violentes manifestations ce vendredi matin, pour dénoncer l’insécurité, a directement pointé une erreur que les autorités de l’Etat de siège commettent au motif de sécuriser Goma.
L’erreur en question est le recours à la limitation des heures de travail pour certaines couches sociales, les changeurs de monnaie à 17h, les motards à 19 et l’ensemble de la population à 22h. ‘’ Nous nous rendons compte que ce n’est ni le jour ni la nuit qui limite les bandits à opérer. Cela nous montre que notre système de sécurité est faible. Il faut le renforcer et récupérer toutes ces armes que les criminels utilisent pour opérer afin que nous retrouvions notre quiétude’’, a-t-il dit.
Cette opinion est partagée par beaucoup d’habitants de Goma qui ne cachent pas leur ras-le-bol à travers les réseaux sociaux, traitant l’Etat de siège de tous les mots et l’évaluant comme un échec criant. ‘’Nous sommes dans une période où l’insécurité est palpable, l’insécurité est visible dans la ville de Goma. Les gens ne sont pas en train de dormir, chaque nuit les gens sont visités. La situation économique du pays et surtout de la ville de Goma pose problème, même le petit rien que cette population a emporté par des inconnus et aux yeux des autorités, vraiment c’est quelque chose qui nous rend aigris’’, explique Divin Ombeni, président de la société civile du Congo, à Goma.
En effet, avant le double meurtre de ce jeudi soir au terminus-ULPGL, un jeune homme avait déjà été tué dans la nuit de mardi à mercredi au quartier Murara, alors que c’était au tour d’un changeur de monnaie, dans la soirée de mardi, à l’entrée de l’hôpital CBCA-Ndosho. Il y’a eu également une victime de justice populaire, accusée de vol, dans la nuit de jeudi à ce vendredi, au quartier Bujovu. Ce registre ne présente qu’une partie récente des cas des victimes de la situation sécuritaire difficile à Goma depuis au moins 2020. L’insécurité dans cette ville qui s’évertue pourtant de se développer dans l’Est de la RDC est marquée aussi par des kidnappings et des cas des vols en bande organisée dite ‘’40 voleurs’’.
Data base sécurité, créée contre le phénomène Kidnapping
Le kidnapping fait enregistrer des cas depuis plus d’une décennie à Goma mais sa progression, ces dernières années, l’a érigé en véritable phénomène que les autorités n’arrivent pas à éradiquer malgré l’existence de la technologie, pour dénicher les kidnappeurs qui ne se déplacent pas, en général, loin de Goma avec leurs otages.
Cette situation est devenue une grande source d’inquiétude à Goma car enfants, jeunes et adultes, aucune couche n’est épargnée. Et à chaque cas de Kidnapping, la famille victime, souvent pauvre, doit se cotiser pour payer la rançon qui est en général fixée en milliers de dollars, par les ravisseurs.
Le bilan des récentes victimes du phénomène kidnapping fait état d’un écolier de 5 ans emporté mercredi au quartier Kyeshero. Dimanche, 12 décembre 2021, un enfant de deux ans a été kidnappé au quartier Katoy. Plutôt dans la même semaine, deux étudiants et leur chauffeur avaient été kidnappés au quartier Lac-vert. En novembre dernier, un autre enfant de 10 ans a été kidnappé. Les cas sont légion à Goma de sorte qu’ils passent souvent inaperçus dans le travail des médias.
Responsable du mouvement citoyen Véranda Mutsanga, à Goma, Patrick Ricky Paluku vient de mettre en place un groupe dénommé ‘’Data Base Sécurité’’. Disponible présentement sur Facebook, ce groupe se fixe entre autre l’objectif d’enregistrer tous les cas de kidnappings en vue de réclamer justice pour les victimes.
Les maisons de télécommunication mises en cause !
Les maisons de télécommunication et en tête AIRTEL, sont vues d’un mauvais œil à Goma depuis l’installation du phénomène kidnapping. Les kidnappeurs les utilisent pour réclamer et retirer leurs rançons.
Depuis 2020, des mouvements citoyens, notamment la Lucha, ont régulièrement organisé des manifestations pour dénoncer la complicité et l’absence de collaboration des télécoms qui s’opposent ou soumettent ceux qui les saisissent pour localiser les kidnappeurs, à un processus en général sans issue.
Lors d’un débat au lancement officiel du Programme ‘Femme, paix et sécurité’ MANU2, à la maison de la femme, à Goma, mercredi 15 décembre, les femmes ont dénoncé l’indifférence ou la complicité des télécoms et des autorités dans le phénomène Kidnapping.
Sans citer ici leurs noms ou organisations, deux femmes leaders ont pointé l’incompétence des cours et tribunaux qui expliquent souvent la libération des criminels arrêtés à Goma par l’absence des plaignants. Ces femmes ont notamment rappelé le rôle du ministère public qui est censé se constituer en plaignant face aux criminels avérés en vue de préserver les intérêts de la population.
‘’On se pose la question, pourquoi l’Etat congolais ne parvient pas à s’imposer aux maisons de télécommunication…si nous avons vraiment des élus du peuple, nous demandons que les députés nationaux pensent à la loi qui va permettre qu’il y’ait l’accès libre aux données des maisons de télécommunication…Il y’a des gens kidnappés qui perdent leur vie parce que leurs familles n’ont pas d’argent !’’, fait observer Divin Ombeni qui s’inquiète que les autorités n’arrivent pas à trouver de solution au problème de sécurité à Goma alors qu’elles reçoivent des taxes que la population paie.
Toutefois, si les habitants de Goma réclament la sécurité, ils ne se montrent pas toujours ouverts à toutes les stratégies auxquelles recourent les autorités. C’est entre autre l’intervention annoncée des policiers rwandais pour épauler les autorités locales dans la lutte contre l’insécurité. Cette intervention est non seulement critiquée mais encore rejetée par une grande partie de l’opinion qui soupçonne un complot contre la RDC. Le débat est de plus en plus vif notamment sur les réseaux sociaux où l’on peut le vérifier.
Frédéric Feruzi

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