Deux mois après la déclaration officielle de l’épidémie de maladie à virus Ebola en République démocratique du Congo, le bilan s’alourdit. Au 12 juillet 2026, on dénombre près de 2 000 cas confirmés et plus de 700 décès. Face à cette progression, Médecins Sans Frontières appelle à un renforcement urgent de la réponse médicale internationale, notamment en province d’Ituri, épicentre de la crise.
L’épidémie actuelle, causée par le virus Bundibugyo, est déjà la troisième plus importante jamais enregistrée en RDC et la plus rapide. En moins de cinq semaines, le nombre de cas a triplé, passant de 650 à près de 2 000. Le nombre de décès a plus que quintuplé, de 130 à plus de 700. En deux mois seulement, elle a dépassé la moitié des cas enregistrés lors de l’épidémie de 2018-2020 qui avait duré près de deux ans.
La situation est d’autant plus préoccupante que le virus continue de gagner de nouvelles zones géographiques. Selon MSF, l’accès limité aux soins, un système de surveillance débordé et la saturation des centres de traitement laissent des communautés entières, en dehors des grandes villes, sans soutien adéquat. L’Ituri concentre à elle seule environ 90 % des cas confirmés.
Sur le terrain, les équipes médicales décrivent une course contre la montre perdue d’avance. « Nous continuons à courir après l’épidémie au lieu de garder une longueur d’avance sur elle », alerte Trish Newport, responsable du programme d’urgence de MSF. « Chaque retard coûte des vies. De plus en plus de personnes sont infectées et de plus en plus de familles perdent des proches. »
À Mongbwalu, le médecin Ayokunnu Raji, responsable des programmes médicaux de MSF, témoigne de l’impact direct de ces lacunes : depuis le début de l’intervention, 57 survivants ont été pris en charge, mais plus de 110 patients sont décédés. Beaucoup arrivent trop tard au centre, déjà dans un état critique.
À Bunia, le centre de traitement d’Ebola d’Elikiya, qui compte 100 lits, fonctionne presque toujours à pleine capacité. Sylvie Kaczmarczyk, coordinatrice des urgences de MSF, explique que des malades préfèrent attendre chez eux qu’un lit se libère. Résultat : ils arrivent au dernier moment, réduisant fortement leurs chances de survie. « Il est déchirant de savoir que bon nombre de ces décès auraient pu être évités grâce à un diagnostic plus précoce », souligne-t-elle.
Pour MSF, la priorité est de rapprocher la réponse des communautés. Cela passe par le renforcement de la mobilisation communautaire, de la surveillance, du dépistage, de la prise en charge des patients, de l’accompagnement des survivants et de la gestion digne et sécurisée des dépouilles. Le système de surveillance congolais, conçu pour détecter tôt les cas, est aujourd’hui poussé à ses limites par la combinaison d’Ebola et d’autres urgences.
La crise Ebola s’inscrit dans un contexte déjà fragile. L’Ituri est marquée par des conflits armés, des déplacements de population et d’autres urgences sanitaires comme le choléra et le paludisme. L’approche de la saison des pluies risque d’aggraver la situation en provoquant une recrudescence du paludisme et en mettant encore plus sous pression un système de santé débordé. Les restrictions de circulation et les mesures aux frontières compliquent aussi la rotation du personnel spécialisé.
Depuis le début de l’épidémie, MSF a déployé 7 centres de traitement d’Ebola et plus de 15 unités d’isolement dans l’Ituri, le Nord-Kivu, le Sud-Kivu et la Tshopo, pour une capacité totale de plus de 430 lits. Jusqu’au 14 juillet, plus de 968 patients ont été admis, dont 357 cas confirmés, et 116 survivants ont été accompagnés. Plus de 2 200 personnes participent à la réponse de MSF, dont 800 agents du ministère de la Santé soutenus par l’organisation. Des centaines de tonnes de matériel médical ont été acheminées.
MSF appelle donc les autorités et la communauté internationale à agir avec plus de moyens et de coordination. « Seule une réponse médicale solide, dotée de ressources suffisantes et reflétant l’ampleur des besoins sur le terrain, peut empêcher cette épidémie de se transformer en une crise que nous ne serons plus en mesure de contenir », conclut Trish Newport. En parallèle, l’organisation poursuit ses activités médicales dans 16 provinces de la RDC, au-delà d’Ebola, pour assurer la continuité des soins essentiels.
Rédaction

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