L’organisation mondiale de la santé (OMS) vient d’annoncer des mesures à 3 volets contre les auteurs des 83 abus et exploitations sexuels enregistrés durant la riposte à la 10ème épidémie d’Ebola au Nord-Kivu et en Ituri, dans l’Est de la RDC. L’un des volets ce sont des poursuites judiciaires.
Après Genève le 28 septembre, le rapport de la commission indépendante sur l’exploitation et les abus sexuels a été présenté ce lundi 4 octobre, à Goma, chef-lieu du Nord-Kivu.
Le rapport a pu démontrer que 83 cas d’abus et exploitation sexuels ont été commis par des agents de la riposte à la maladie à virus Ebola (MVE) dans les zones principales de l’épidémie, entre 2018 et 2020. ‘’Ces incidents d’exploitation et d’abus sexuels examinés ont été recensés dans les zones principales de la riposte, dont 25 signalés à Mangina, 25 à Beni, 20 à Butembo, 4 à Bunia, 3 à Komanda, à Mambasa, 1 à Biakato, 1 à Oicha, 1 à Katwa et enfin un autre à Kalunguta’’, précise le rapport qui souligne que 21 des auteurs de ces cas sont bien des agents de l’OMS.
La commission indépendante qui a réalisé ce travail a été co-présidée par Aichatou Mindaoudou, ancienne ministre des affaires étrangères et du développement social du Niger et Julienne Lusenge, la célèbre militante congolaise (RDC) des droits des femmes.
La présentation de ce travail a permis au directeur général de l’OMS de prendre des mesures non seulement pour réparer le tort mais encore pour emmener les coupables devant la justice. ‘’Premièrement, nous apporterons soutien, protection et justice aux victimes et aux survivantes…deuxièmement, nous prendrons des mesures visant à remédier aux défaillances de la direction et du personnel…troisièmement, nous mènerons une reforme en profondeur de nos politiques et de nos procédures pour combattre l’exploitation et les abus sexuels’’, a annoncé Tedros Adhanom.
Alors qu’elle s’adressait à la presse à Goma, le 4 octobre, Nedret Emiroglu, envoyée spéciale du directeur général de l’OMS, avait annoncé que deux hauts-cadres de l’OMS ont été suspendus suite à leur négligence d’enquêter face aux allégations d’abus et exploitation sexuels qui leur seraient parvenues. Elle a aussi affirmé que les 21 agents de l’OMS impliqués dans les 83 cas ne travaillent plus avec l’OMS mais qu’ils seront poursuivis dans leurs pays d’origine.
Les organisations féminines aussi réjouies que dubitatives
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Des activistes de la société civile, des organisations féminines, des journalistes, des officiels et des représentants des organismes de l’Onu ont participé à la présentation du rapport de la commission d’enquête indépendante sur les abus et exploitations sexuels, le 4 octobre à Goma.
Avis, commentaires et recommandations ont été formulés, à l’occasion. Coordonatrice de la dynamique des femmes pour la bonne gouvernance, basée à Butembo, Rose Kahambu témoigne que des foyers se sont brisés, des enfants hors mariage sont nés et même des fiancées ont perdu leurs relations suite aux abus et exploitations sexuels qui ont rythmé la riposte à Ebola dans sa ville.
Rose croit par ailleurs que les 83 cas enregistrés ne reflètent pas toute la réalité des abus et exploitations sexuels qui ont été commis dans la région de Beni et Butembo. ‘’Les gens ne veulent pas se prononcer à cause de nos coutumes parce qu’il s’agit entre guillemets des questions taboues pour nos sociétés’’, a-t-elle expliqué.
De son coté, Aimée Kyakimwa, femme leader venue de Beni, a posé la question de plusieurs survivantes qui ont été abusées sans en avoir conscience. ‘’Beaucoup ne savaient pas ce que signifiait vraiment les abus et exploitations sexuels. Il n y’a que lorsque les conséquences ont commencé à apparaitre que les gens ont découvert qu’on avait abusé d’eux’’, a-t-elle déploré, en suggérant que les enquêtes soient étendues au reste des organisations humanitaires qui regorgeraient plusieurs autres auteurs d’abus et exploitations sexuels dans une zone de conflit comme Beni.
Le jugement des auteurs des 83 cas d’abus et exploitations sexuels doit se faire sur le sol congolais où ces crimes ont été commis, souhaite Nelly Mbangu Lumbu Lumbu, coordonatrice de Sauti ya Mama Mkongomani (SMM), organisation féminine basée à Goma.
‘’Nous avons demandé qu’ils soient traduits sur le lieu de la commission des faits, au Congo. Nous voulons voir l’aboutissement de ce procès-là, comment ça va évoluer pour que cela serve d’exemple à tous les autres qui pourront à un moment s’adonner à ce genre de comportement’’, a-t-elle déclaré.
Nelly Mbangu Lumbu Lumbu trouve que ce procès offre également une opportunité aux femmes de la RDC. ‘’Nous nous pensons que c’est une occasion pour le monde de prouver à quel point les femmes congolaises sont aujourd’hui capables de dénoncer les cas des violences, des cas des abus et exploitations sexuels dont elles sont victimes. Nous, nous avons travaillé pendant longtemps et nous pensons que la sensibilisation a atteint les communautés, car si l’on voit que les gens commencent à dénoncer c’est qu’il y’a eu un message qui est passé et le message a été compris’’, a-t-elle poursuivi.
Dans l’intervalle, les enquêtes se poursuivent indique le directeur général de l’OMS. Tedros Adhanom a, en outre, pour ce qui concerne la reforme des politiques de lutte contre les abus et exploitations sexuels, annoncé le 28 septembre qu’un plan d’action détaillé avec les Etats membres de l’OMS serait proposé dans les 10 prochains jours, qui accorderait une place centrale à la transparence.
Frédéric Feruzi

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