La société civile du Sud-Kivu a fermement rejeté plusieurs dispositions du « projet zéro » de l’accord de paix global en cours de négociation à Doha entre le gouvernement congolais, l’AFC/M23 et le Rwanda, le qualifiant de « menace grave » contre la souveraineté nationale et l’unité de la République démocratique du Congo (RDC), selon une note de plaidoyer adressée au médiateur qatari rendue publique lundi 29 septembre 2025.
« Ce qui est fait pour nous, que d’autres ont décidé sans nous, est en réalité contre nous », ont rappelé les auteurs du document en citant Nelson Mandela, en tête d’une lettre adressée à Mohammed Abdulaziz Saleh Al-Khulaifi, ministre d’État aux Affaires étrangères du Qatar.
Dans ce plaidoyer, signé par neuf doyens de la société civile provinciale et la présidente du Bureau de coordination, Nene Bintu Iragi, les signataires dénoncent plusieurs clauses du projet d’accord global qui, selon eux, « violent la Constitution congolaise, les résolutions des Nations Unies et les principes de souveraineté territoriale ».
Une « force spéciale intérimaire » rejetée
Le point le plus controversé, selon les signataires, concerne la création d’une « force spéciale intérimaire » avec un mandat de cinq ans renouvelable dans la région dite « touchée » par le conflit, comprenant le Nord-Kivu et le Sud-Kivu.
« Cette disposition consacre de facto une balkanisation de notre pays, en créant un régime de sécurité parallèle à celui de l’État central », fustige le texte.
Les auteurs estiment que seul l’État congolais, à travers les FARDC, peut légalement et légitimement assurer la sécurité du territoire national.
« C’est une ligne rouge que nous ne franchirons pas. Le Sud-Kivu n’est pas une terra nullius. Il appartient à son peuple », avertissent-ils, tout en appelant à la fin de « l’impunité des groupes armés invités à négocier après avoir massacré des civils ».
Des « élections locales séparées » jugées inconstitutionnelles
Le projet d’accord prévoit également des élections spécifiques dans la région « touchée » dès 2027, ce que les signataires rejettent catégoriquement.
« Il n’y a aucune pertinence à organiser des élections uniquement dans l’Est. Le Congo est un et indivisible », insistent-ils, accusant cette clause de favoriser un processus de fragmentation territoriale.
« La population congolaise ne se reconnaîtra pas dans un tel découpage artificiel et le boycottera massivement. »
Au-delà de la critique du contenu du projet, la société civile du Sud-Kivu demande instamment un dialogue national réunissant toutes les parties prenantes, civiles et armées, y compris l’AFC/M23, sous l’égide des Églises catholique (CENCO) et protestante (ECC).
« Nous exhortons le président Félix Tshisekedi à ne pas répéter les erreurs des régimes Mobutu et Kabila, qui ont semé souffrances et chaos », écrivent-ils. Ils dénoncent une gouvernance actuelle marquée par des « politiques impulsives, des attaques contre les opposants et une répression brutale ».
« Il est temps d’avoir une vision claire, d’élever le débat et de refonder la République », martèle la lettre.
Références aux massacres passés et à la mémoire collective
Le plaidoyer revient aussi sur les massacres perpétrés dans l’Est depuis près de trois décennies : Makobola, Kasika, Katogota, Mwenga, Bukavu, Lemera, Fizi… et évoque la mémoire de Mgr Christophe Munzihirwa, archevêque de Bukavu assassiné en 1999, dont la commémoration du 24e anniversaire est prévue le 29 octobre prochain.
« Nous ne pouvons pas trahir le sang versé. Nous ne pouvons pas capituler devant l’injustice et l’innommable », insistent les signataires dans un passage particulièrement poignant du document.
Tout en saluant les efforts du Qatar et de la communauté internationale dans la médiation, la société civile du Sud-Kivu exhorte les acteurs étrangers à « ne pas répéter les erreurs de la Palestine ou de l’Ukraine ».
« Associer les groupes armés sans la société civile revient à légitimer la violence et à ignorer les véritables aspirations des peuples. La paix ne peut venir que d’un compromis par le haut », conclut la note.
Signée à Bukavu le 29 septembre 2025, cette lettre est adressée à une large palette de destinataires, notamment les chefs d’État africains, les responsables des Nations Unies, les diplomates de l’Union européenne, ainsi que les dirigeants du Rwanda, du Burundi, de l’Ouganda, de la RDC et des États-Unis.
La Rédaction










