La multiplication des déplacements de populations provoqués par les affrontements armés dans plusieurs villages du territoire de Kabare, au Sud-Kivu, alourdit depuis plusieurs semaines les conditions de vie des familles d’accueil de Miti-Centre, qui peinent désormais à répondre aux besoins des ménages déplacés tout en assurant leur propre survie.
« Nous ne pouvions pas laisser nos frères dormir dehors. Nous les avons accueillis comme les nôtres. Mais aujourd’hui, notre quotidien devient de plus en plus difficile. Nous partageons le peu que nous avons et nos réserves diminuent de jour en jour. Sans assistance, nous risquons tous de basculer dans la précarité », témoigne Ngoy Walekwa, habitant de Miti-Centre qui héberge plusieurs membres d’un ménage déplacé.
À Miti-Centre, les maisons autrefois occupées par une seule famille abritent désormais plusieurs ménages ayant fui les violences qui persistent dans les localités de Cibumbiro, Lukananda, Tchombo et Kafulumaye, situées à proximité du Parc national de Kahuzi-Biega. Les déplacements successifs enregistrés ces dernières semaines ont profondément modifié le quotidien des familles hôtes, devenues les premiers acteurs de la réponse humanitaire malgré leurs ressources très limitées.
Chaque nouvelle arrivée signifie davantage de bouches à nourrir, des espaces de vie de plus en plus exigus et des dépenses supplémentaires pour des ménages dont les revenus reposent essentiellement sur une agriculture de subsistance. Dans plusieurs concessions, les repas sont réduits afin que chacun puisse manger au moins une fois par jour. Certains enfants dorment à plusieurs dans une même pièce, tandis que les réserves alimentaires s’épuisent progressivement.
Les conséquences dépassent largement la seule question alimentaire. L’accès à l’eau potable, aux soins de santé, aux vêtements, aux couvertures et aux produits d’hygiène devient également un défi quotidien. Les familles d’accueil expliquent devoir renoncer à certaines dépenses essentielles pour continuer à soutenir les personnes qu’elles ont accueillies.
Parmi ces déplacés figure une veuve originaire de Cibumbiro, arrivée à Miti avec ses enfants devenus orphelins de père.
« Nous avons quitté notre village dans la peur. Nous avons tout laissé derrière nous. Aujourd’hui, nous dépendons entièrement de la famille qui nous accueille. Je souffre de voir mes enfants vivre dans cette situation, mais je remercie ceux qui nous ont ouvert leur maison malgré leurs propres difficultés. Nous espérons seulement retrouver un jour une vie normale », confie-t-elle.
Pour les acteurs communautaires, cette solidarité spontanée mérite aujourd’hui un accompagnement urgent. Ils rappellent que les ménages d’accueil absorbent silencieusement une grande partie des conséquences humanitaires de la crise sans bénéficier d’un appui proportionnel à leurs efforts.
« Les interventions humanitaires doivent tenir compte de cette réalité. Les familles d’accueil ne doivent pas être oubliées. Elles supportent une charge énorme depuis plusieurs semaines. Les veuves, les orphelins, les enfants, les personnes vivant avec handicap ainsi que les personnes âgées figurent parmi les plus touchés. Sans une assistance rapide, leur situation risque de se détériorer davantage », alerte Bashwira stanislass, un cadre de la société civile locale.
Selon plusieurs observateurs, le rôle joué par les familles d’accueil constitue aujourd’hui l’un des piliers de la résilience communautaire dans cette partie du territoire de Kabare. En ouvrant leurs portes aux déplacés, elles évitent que de nombreux ménages ne se retrouvent sans abri. Cependant, cette solidarité atteint progressivement ses limites face à la durée de la crise et à l’augmentation continue des besoins.
Les acteurs locaux recommandent ainsi que les programmes humanitaires accordent une attention équivalente aux personnes déplacées et aux communautés hôtes. Ils estiment qu’un appui en vivres, articles ménagers essentiels, soins de santé, moyens de subsistance et soutien psychosocial permettrait de préserver cet élan de solidarité tout en réduisant les risques de paupérisation des familles d’accueil.
Dans le territoire de Kabare, les déplacements de populations se poursuivent au rythme des affrontements qui affectent plusieurs villages situés à proximité du Parc national de Kahuzi-Biega. Si les personnes contraintes de fuir restent les premières victimes de cette crise, les familles qui les accueillent supportent elles aussi un lourd fardeau, souvent dans l’ombre. Pour de nombreux acteurs humanitaires, soutenir ces ménages constitue désormais une condition essentielle pour maintenir la solidarité communautaire et prévenir une aggravation de la vulnérabilité dans les zones d’accueil.
Yseult Lwango

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