La Mission de l’Organisation des Nations unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (Monusco) a lancé, le mercredi 25 juin 2026 à Kinshasa, la première édition du « Media Lab pour un journalisme inclusif, moteur de paix et de stabilisation ». Pendant deux jours, rédacteurs en chef, journalistes, chroniqueurs, responsables de médias numériques, blogueurs et créateurs de contenus ont échangé avec des experts des Nations unies sur la manière de renforcer la couverture médiatique des questions liées au genre, à la paix et à la sécurité.
« Votre présence en ces lieux témoigne de votre engagement pour l’avenir de la presse en République démocratique du Congo, mais aussi et surtout pour la recherche d’une paix inclusive et durable dans ce pays », a déclaré Mireille Laurier Affa’a Mindzie, cheffe de la section Genre de la Monusco.
Les travaux ont porté sur le rôle des médias dans la consolidation de la paix, la promotion des agendas Femmes, Paix et Sécurité (FPS) et Jeunesse, Paix et Sécurité (JPS), ainsi que sur les approches éditoriales capables de mieux refléter les contributions des femmes dans la prévention des conflits et la cohésion sociale.
Selon Mme Affa’a Mindzie, les médias influencent fortement l’opinion publique, mais les questions sécuritaires sont encore majoritairement abordées sous un angle institutionnel.
« Cependant, faisons ensemble un constat lucide : la narration actuelle de la crise congolaise demeure fragmentée. D’un côté, l’actualité diplomatique, politique et sécuritaire est souvent traitée sous un angle strictement institutionnel et régalien », a-t-elle souligné.
Elle a regretté que les femmes soient encore principalement présentées comme des victimes de violences, alors qu’elles jouent également un rôle déterminant dans la médiation, la protection des communautés et la consolidation de la paix.
Au cours des échanges, les participants ont été initiés à plusieurs outils rédactionnels visant à produire un journalisme plus inclusif. Parmi les innovations présentées figure la méthode narrative du contre-champ, qui consiste à élargir le traitement d’une information en donnant davantage de visibilité aux acteurs souvent absents des récits médiatiques, notamment les femmes et les jeunes engagés dans les initiatives de paix.
Intervenant au nom du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), Clarisse Museme a insisté sur les principes d’un journalisme sensible au genre.
« Un journaliste sensible au genre ne se limite pas à rapporter les faits. Il contribue à rendre visibles les expériences, les contributions et les besoins des femmes dans le processus de paix et de sécurité tout en favorisant une information juste, équilibrée et inclusive », a-t-elle expliqué.
Elle a recommandé aux professionnels des médias de diversifier leurs sources, d’éviter les stéréotypes, d’adopter un langage inclusif et de s’appuyer sur des données fiables pour analyser les effets différenciés des conflits sur les populations.
Un réseau de journalistes pour assurer le suivi
Au terme de la formation, le facilitateur David Fundi s’est félicité de l’engagement des participants et des acquis enregistrés.
« Les journalistes ont appris à produire des reportages, des vidéos, des émissions et des articles intégrant l’agenda Femmes, Paix et Sécurité. Nous leur avons également recommandé de privilégier des analyses professionnelles, d’éviter des approches trop protocolaires et de s’appuyer sur des sources crédibles. La qualité d’un papier dépend avant tout de la qualité de ses sources », a-t-il affirmé.
Selon lui, cette formation ne constitue qu’une première étape. Un réseau réunissant les journalistes, créateurs de contenus et responsables des médias ayant participé au Media Lab a été mis en place afin d’assurer un accompagnement continu.
« Nous ne nous arrêtons pas aujourd’hui. Les formations vont se poursuivre et ce réseau nous permettra d’assurer un suivi afin que les acquis soient effectivement appliqués dans les rédactions », a précisé David Fundi.
Parmi les recommandations formulées figurent le renforcement des formations sur les agendas FPS et JPS, le suivi des engagements de la RDC en faveur des droits des femmes, la promotion de la redevabilité des politiques publiques ainsi que le contrôle citoyen de l’utilisation des ressources destinées à la paix et à l’égalité.
Les organisateurs ont également annoncé l’élaboration prochaine d’une Charte des médias pour un journalisme inclusif et de paix, destinée à renforcer la collaboration entre les agences des Nations unies, les organisations de la société civile et les professionnels des médias.
Cette initiative intervient alors que la représentation des femmes dans les médias demeure insuffisante. Selon les données du Projet mondial de monitorage des médias (GMMP) publiées en septembre 2025, les femmes ne représentaient que 26 % des personnes citées ou présentées comme sujets d’information dans les médias audiovisuels, imprimés et numériques à travers le monde, illustrant les défis persistants en matière d’inclusion dans le paysage médiatique.
#JournalismeDePaixRDC26
La rédaction

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