Les agriculteurs dans le territoire de Walikale au Nord-Kivu, font face à une crise silencieuse mais dévastatrice. En cause : l’état critique des routes de desserte agricole, qui empêche l’acheminement des produits vers les marchés.
À environ 27 kilomètres de Walikale-centre, dans le village de Shabunda, groupement Banabangi, les champs sont fertiles et les récoltes souvent prometteuses. Pourtant, pour les cultivateurs, le véritable défi commence après la récolte.
Les pistes, étroites et fortement dégradées, sont difficilement praticables. En saison des pluies, certaines portions deviennent totalement impraticables, bloquant tout accès.
Jean-Baptiste Alingi, agriculteur depuis plus de dix ans, témoigne :« L’année dernière, j’ai produit en grande quantité : maïs, haricots, manioc… Mais sans route praticable, il est impossible d’évacuer les produits. Les motos refusent de venir, et les véhicules ne passent presque jamais. »
Conséquence : des pertes importantes sont enregistrées.
« Une grande partie de ma récolte est restée stockée ici. Avec la pluie, le maïs a pourri, tout comme les haricots. J’ai perdu près d’un tiers de ma production. »
Même lorsque le transport est possible, son coût reste un obstacle majeur.
« Les transporteurs augmentent les prix à cause du mauvais état des routes. Parfois, je dépense presque autant pour transporter mes produits que ce que je gagne en les vendant. »
Même constat du côté de Marie Zahabu, agricultrice spécialisée dans les produits périssables comme les tomates et les légumes.
« Mes produits ne peuvent pas attendre. Si je n’arrive pas rapidement au marché, tout se gâte. À cause de la route, je suis souvent obligée de vendre ici au village, à bas prix. »
Une situation qui impacte directement ses revenus.
« En ville, je peux vendre un panier de tomates à bon prix. Ici, je le vends à moitié prix et, parfois, je perds encore une partie de ma marchandise. »
Dans les centres urbains comme Walikale-centre, les effets se font déjà sentir. La baisse de l’approvisionnement entraîne une hausse des prix des denrées alimentaires.
Moins de produits arrivent sur les marchés, et ceux disponibles coûtent plus cher, notamment à cause du transport.
Pour les agriculteurs, le problème dépasse la simple question d’accès : c’est toute la chaîne de production et de commercialisation qui est fragilisée.
Face à cette situation, ils lancent un appel pressant aux autorités pour la réhabilitation des routes rurales.
« Nous sommes prêts à produire, mais sans routes, nos efforts sont vains. Nous avons besoin d’infrastructures pour écouler nos récoltes. »
Un espoir renaît toutefois avec le lancement récent des travaux de réhabilitation de l’axe Walikale–Kibua, un projet attendu qui pourrait améliorer la circulation et redonner un souffle à l’économie agricole locale.
Illar Meztiller

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