Des organisations de la société civile du Nord-Kivu ont exprimé dimanche 8 mars leur « profonde indignation » face aux catastrophes humaines répétées sur le site minier de Rubaya, dans le territoire de Masisi, après un nouvel éboulement meurtrier survenu ce week-end.
Dans une déclaration publiée à Beni, ces organisations affirment qu’un glissement de terrain s’est produit samedi 7 mars sur le site minier de Gakombe, dans la zone de Rubaya, ensevelissant des creuseurs artisanaux et des habitants proches de la mine.
« Un nouvel éboulement de terre a été signalé sur le site minier de Gakombe dans la mine de Rubaya. Il a détruit plusieurs habitations et enseveli plusieurs creuseurs artisanaux qui se trouvaient dans le ravin pour leurs activités quotidiennes d’extraction, mais aussi des femmes et des enfants », indiquent les organisations dans leur déclaration.
Selon ces groupes, l’incident s’est produit dans le groupement Matanda, au village Luundje, dans une zone proche du site minier. Plusieurs habitations du village voisin de Gatabi auraient également été détruites.
Les organisations de la société civile affirment que cette catastrophe constitue le troisième incident enregistré en un peu plus d’un mois dans cette zone minière riche en coltan.
« Ce drame constitue le troisième incident majeur enregistré en l’espace de 38 jours dans cette zone », indiquent-elles.
Elles rappellent qu’un glissement de terrain survenu le 28 janvier 2026 aurait déjà causé la mort de plus de 400 creuseurs artisanaux. Un autre éboulement, le 3 mars dernier, aurait entraîné la mort de plus de 300 personnes, selon leurs chiffres.
La société civile évoque également une catastrophe similaire survenue en juin 2025 qui aurait coûté la vie à plus de 700 personnes.

Ces incidents successifs, selon les organisations signataires, illustrent les conditions extrêmement précaires dans lesquelles s’effectue l’exploitation artisanale des minerais dans cette région de l’est de la République démocratique du Congo.
« La répétition de ces tragédies démontre clairement les conditions extrêmement précaires et dangereuses dans lesquelles s’effectue l’exploitation artisanale des minerais dans cette région », affirment-elles.
Parmi les causes évoquées figurent l’augmentation du nombre de creuseurs artisanaux, le manque d’expertise technique et l’absence de mesures de sécurité adaptées sur les sites d’exploitation.
Les organisations de la société civile avancent également des accusations concernant la présence d’acteurs armés et d’intérêts économiques liés à l’exploitation des minerais.
Selon leur déclaration, « plusieurs sources de terrain indiquent qu’une grande partie des creuseurs seraient des militaires rwandais et d’anciens combattants des FDLR ».
Ces affirmations n’ont pas pu être vérifiées de manière indépendante.
Les organisations dénoncent aussi ce qu’elles qualifient de système d’exploitation forcée dans certaines zones minières.
« La majorité des ouvriers travaillent sous forte pression, sans nourriture ni salaire, et plusieurs enfants ne fréquentent plus l’école car ils sont utilisés dans les mines », affirment-elles.
Elles estiment que ces pratiques constituent une violation des droits fondamentaux et des normes internationales relatives au travail.
Selon ces organisations, l’exploitation accélérée des minerais serait également liée à des réseaux économiques opérant dans la région.
« Le circuit commercial des minerais est orienté principalement vers le Rwanda, privant les communautés locales des bénéfices de leurs propres ressources et alimentant des réseaux économiques parallèles », affirment-elles.
Ces réseaux contribueraient, selon la société civile, à l’instabilité persistante dans l’est du pays en finançant l’acquisition d’armes.
Face à cette situation, les organisations de la société civile du Nord-Kivu appellent à des mesures urgentes pour mettre fin à ce qu’elles qualifient d’exploitation anarchique et dangereuse.
Parmi leurs principales recommandations figure la fermeture immédiate du site minier de Rubaya, qu’elles considèrent comme exploité dans des conditions incontrôlées.
Elles demandent également à la communauté internationale d’intervenir pour protéger les populations civiles et mettre fin à l’exploitation des ressources naturelles qui, selon elles, alimente le conflit armé dans l’est de la République démocratique du Congo.
« La communauté internationale doit prendre des mesures urgentes pour protéger les populations civiles et mettre fin à l’exploitation irresponsable de ces ressources minières qui alimentent la guerre dans l’est de la RDC », déclarent-elles.
La société civile appelle également à l’imposition d’un embargo visant les opérateurs, locaux ou internationaux, qui achèteraient des minerais provenant de ce site via le Rwanda.
Les organisations demandent en outre l’ouverture d’enquêtes indépendantes afin d’établir les responsabilités dans les catastrophes successives survenues dans la zone.
« Il est urgent d’agir pour éviter que d’autres familles continuent d’être endeuillées par ces drames évitables et pour donner aux enfants la possibilité de retrouver le chemin de l’école », conclut la déclaration.
Le site minier de Rubaya, situé dans le territoire de Masisi, est l’un des principaux centres d’exploitation artisanale du coltan dans l’est de la République démocratique du Congo. La région est régulièrement confrontée à des glissements de terrain et à des accidents miniers en raison du manque d’infrastructures de sécurité et de la pression exercée par l’exploitation artisanale.
La rédaction

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