Une nouvelle controverse secoue l’Église catholique en République démocratique du Congo après la diffusion d’une lettre publique de l’évêque de Mbuji-Mayi, Mgr Emmanuel-Bernard Kasanda, critiquant ouvertement certains de ses pairs au sein de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO).
Réunis à huis clos à Kinshasa le 23 février, les évêques catholiques avaient été interpellés par le prélat, qui affirmait s’exprimer « au nom de la vérité de l’Évangile ».
Dans sa correspondance, rendue publique par la suite sur les réseaux sociaux, il dénonçait notamment l’absence, selon lui, de condamnation officielle des tueries attribuées au Rwanda ainsi que des massacres perpétrés par des groupes armés dans l’est du pays.
Mgr Kasanda évoquait également de possibles irrégularités lors de l’élection du président et du vice-président de la CENCO, dénonçait des pratiques tribalistes dans certaines nominations internes et critiquait la communication autour de la « stigmatisation des swahiliphones », estimant qu’elle pouvait attiser des tensions.
Selon lui, ces orientations fragiliseraient la crédibilité morale de l’Église et contribueraient à éloigner une partie des fidèles.
La publication de cette lettre a provoqué des remous au sein de l’épiscopat congolais. Certains évêques accusent Mgr Kasanda d’avoir rompu la collégialité en exposant sur la place publique des débats internes.
Dans une lettre ouverte, un prêtre du diocèse de Kongolo met en garde l’évêque de Mbuji-Mayi, l’accusant d’avoir transformé une « correction fraternelle » en « scandale public ».
Il lui reproche d’avoir diffusé une correspondance interne accusant ses pairs de tribalisme et de tricherie lors des élections épiscopales.
L’auteur estime que cette démarche constitue une rupture de la collégialité épiscopale et une violation présumée du droit canonique, citant notamment les canons 220, 1373 et 212 § 3. Il invite Mgr Kasanda à retirer sa lettre et à présenter des excuses publiques afin de préserver l’unité de l’Église
Parmi les critiques adressées à l’évêque figurent des accusations d’incohérence et de silence durant les 18 années du régime de l’ancien président Joseph Kabila. Certains de ses détracteurs évoquent également une instrumentalisation politique des réseaux sociaux et lui prêtent l’intention d’imposer un leadership kasaïen au sein de l’institution.
Aucune déclaration officielle de la CENCO n’a encore été publiée pour clarifier la position collective des évêques sur cette controverse.
Dans un pays où l’Église catholique joue historiquement un rôle dans la médiation politique et la défense des droits humains, cette querelle interne suscite des interrogations sur l’unité et la crédibilité de l’institution.
La rédaction

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