L’identité controversée de l’ancien président Joseph Kabila et la gravité des crimes qui lui sont reprochés ont été au cœur de la quatrième audience du procès historique qui se déroule devant la Haute Cour militaire de la République démocratique du Congo. Plusieurs avocats des parties civiles ont livré jeudi à Kinshasa des plaidoiries accablantes, allant jusqu’à exiger la confiscation de ses biens et son jugement en tant qu’« espion ».
« Monsieur le président, vous jugez Joseph Kabila par son pseudonyme, qui n’est pas alias Joseph Kabila. Là, c’est déformer les choses. Non, vous utiliserez le nom qu’il a utilisé pour nous cacher le vrai nom d’Hippolyte Kanambe », a déclaré Me Richard Bondo, coordonnateur du collectif des avocats de parties civiles représentant les victimes des provinces du Nord-Kivu, Sud-Kivu, Ituri ainsi que les associations de veuves et orphelins de guerre.
Selon Me Bondo, l’ancien chef de l’État est à l’origine de décennies de violences dans l’est du pays et doit répondre de crimes d’une ampleur exceptionnelle.
« Les actes commis par Joseph Kabila sont étrangers à la civilisation humaine », a-t-il martelé, le décrivant comme un homme « sadique et dangereux », capable de « consumer des pans entiers de la RDC » s’il n’est pas arrêté.
Crimes, fortune et infiltration
Plusieurs avocats ont dressé un tableau sombre du préjudice subi par la République démocratique du Congo.
Me Jean-Marie Kabengela a énuméré les conséquences matérielles et humaines des conflits armés :« La RDC a perdu l’usage de deux aéroports, beaucoup d’enfants ont été privés d’éducation à cause de l’occupation des rebelles AFC-M23, beaucoup de nos compatriotes ont été tués, nos sœurs, nos femmes, nos mamans », a-t-il déclaré, en plaidant pour la confiscation de tous les biens de l’ancien président.
« La confiscation consiste en une peine et en même temps une mesure de sécurité publique. Ses biens serviront à allouer des dommages et intérêts aux parties civiles constituées », a-t-il ajouté.
Me Kabengela est allé plus loin, en qualifiant Kabila d’agent infiltré : « Contrairement au ministère public, Kabila ne mérite pas d’être jugé comme Congolais, il mérite d’être jugé comme espion. Il n’a pas de nom commun congolais. Son vrai nom, c’est Kanambe », a-t-il soutenu, rappelant des déclarations d’anciens proches du régime sur une supposée fausse identité montée de toutes pièces.
« Il tue comme il respire »
La plaidoirie de Me Samuel Dimwene a enfoncé le clou :
« Il tue comme il respire. Il y a des rapports d’ONG qui renseignent que huit mille personnes sont mortes. Il voulait même assassiner Félix Tshisekedi. Quand il y a plus de morts, le pays est désorienté, et il a plus de chances de revenir au pouvoir », a-t-il dénoncé.
« Il a l’intention de nuire, de détruire le peuple. Vous allez dire le droit, le condamner avec arrestation immédiate, et cet arrêt servira de message à tous les seigneurs de guerre. Vous allez également ordonner la saisie de tous ses biens », a-t-il conclu sous les applaudissements de certains membres du public.
Une fortune contestée, des accusations lourdes
Selon les avocats, Joseph Kabila, arrivé au pouvoir en 2001 « en sandales aux pieds », aurait bâti une fortune personnelle de plus de 30 milliards de dollars, fruit présumé de détournements massifs sur fond de conflits armés.
Me Bondo a également accusé Kabila d’avoir orchestré un vaste plan de remplacement démographique, en important des milliers de Rwandais pour occuper les terres abandonnées par les Congolais tués ou déplacés dans les provinces de l’Est. Il aurait, selon lui, installé des chefs coutumiers étrangers à la tête de villages congolais pour renforcer cette présence.
L’ancien président est poursuivi pour participation à un mouvement insurrectionnel, crimes contre la paix et la sécurité de l’humanité, homicides intentionnels, viols, tortures, déportations et occupation par la force de la ville de Goma, entre autres charges.
La Haute Cour militaire doit désormais évaluer ces plaidoiries et déterminer les suites à donner à une affaire qui continue de diviser l’opinion congolaise.
La Rédaction

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