Goma menacée par une pénurie de liquidités après la suspension du trafic vers Butembo

Posted on

La suspension du trafic entre Goma et Butembo décidée par le M23 fait craindre une grave crise économique dans la ville de Goma, déjà fragilisée par plusieurs mois de paralysie bancaire et l’isolement progressif de la province du Nord-Kivu.

Selon un analyste de l’Espace de Recherche pour Économistes, une organisation basée à Goma, cette mesure pourrait rapidement provoquer une pénurie d’argent liquide dans la ville. Depuis le début de la crise en janvier 2025, les banques de Goma restent fermées, poussant habitants et opérateurs économiques à trouver des solutions alternatives pour accéder au cash.

Jusqu’à présent, de nombreux commerçants et particuliers se rendaient à Beni afin de retirer de l’argent liquide avant de revenir alimenter les réseaux locaux de monnaie électronique et les points de retrait mobiles. D’autres traversaient également les frontières voisines pour s’approvisionner en liquidités. Avec la fermeture de l’axe Goma-Butembo, considéré comme le dernier corridor encore praticable entre le nord et le sud du Nord-Kivu, ce système de survie économique est désormais interrompu.

Cette situation inquiète fortement les habitants de Goma, déjà confrontés à la fermeture des frontières avec le Rwanda et l’Ouganda. Plusieurs observateurs estiment que l’économie locale risque de se retrouver totalement asphyxiée si aucune solution urgente n’est trouvée.

Le M23 a annoncé la suspension des mouvements de population à partir du 23 mai 2026 entre les zones nord et sud de la province. Le groupe rebelle affirme que cette décision vise à limiter la propagation de la maladie à virus Ebola, récemment signalée dans certaines parties du Nord-Kivu et de l’Ituri.

Le transport des marchandises reste autorisé, mais sous de strictes conditions. Désormais, seuls le chauffeur et son convoyeur peuvent voyager à bord des camions. Malgré cela, les déplacements de populations entre les territoires contrôlés par le gouvernement et ceux sous contrôle du M23 demeurent importants, ce qui alimente les inquiétudes sanitaires.

À Beni, la société civile exprime également sa préoccupation face au risque de propagation d’Ebola. Richard Kirimba, vice-président de la société civile du territoire de Beni, estime que les villes de Beni, Butembo, Lubero et Goma sont particulièrement exposées en raison des échanges permanents avec l’Ituri et l’Ouganda.

Il dénonce l’absence de dispositifs efficaces de prévention et de prise en charge dans les lieux publics du Grand Nord-Kivu, y compris dans certaines structures sanitaires. La société civile regrette aussi les retards enregistrés dans la publication des résultats des échantillons déjà prélevés sur des cas suspects, alors que plusieurs décès ont déjà été signalés dans la région.

Face à cette double menace sanitaire et économique, les appels se multiplient pour que les autorités de Kinshasa ainsi que les responsables du M23 trouvent rapidement des solutions afin d’éviter une aggravation de la crise humanitaire dans l’est de la République démocratique du Congo.

 

 

La rédaction

  • Share

0 Comments

Leave a comment