Résolution 1325 au Nord-Kivu : 10 ans de combat couronné par un comité provincial de pilotage

Posted on

Le comité provincial de pilotage de la résolution 1325 est institué, à l’issue de l’arrêté No. 01/229/CAB/GP-NK/2020 que le gouverneur Carly Nzanzu Kasivita a signé, le 10 novembre 2020. Le comité doit apporter une évolution dans la protection des femmes contre les différentes formes des violences.

Adoptée à l’unanimité, le 30 octobre 2000, au conseil de sécurité de l’Onu à l’initiative du Bangladesh (Asie) et de la Namibie (Afrique), la résolution 1325 porte sur les femmes, la paix et la sécurité menacées dans le monde. Elle se veut un cadre juridique et un engagement politique mis en place pour protéger les femmes, les filles et les enfants des violences.

La femme, un partenaire incontournable pour réaliser la paix dans le monde et la consolider s’était avérée jusqu’en début du 21ème siècle et aujourd’hui encore, comme l’une des cibles de premier plan des violences. La triste réalité n’épargne les femmes d’aucune région du monde, que l’on soit dans l’hémisphère sud ou nord.

Branle-bas de combat depuis près de 30 ans, l’Est de la république Démocratique du Congo (RDC), qui a fait du pays la capitale mondiale des violences sexuelles, est resté un témoignage vivant des violences atroces qui affectent la femme et tous les secteurs de sa vie, au quotidien. Les organisations féminines, appuyées par des organismes de l’Onu et des ONG internationales, y sont au combat avec l’intention de changer la situation de la femme, mais l’on est encore loin du compte. Par exemple, une enquête que l’organisation ‘Sauti ya Mama Mkongomani’ a menée en octobre dernier révèle que 37,8% des femmes ont été violées plus de 2 fois dans la province du Nord-Kivu et 72,4% autres ne peuvent pas occuper des postes de responsabilité dans les milieux de travail.

Composition et attributions du comité provincial de pilotage de la résolution 1325

Le Nord-Kivu était à la traine par rapport à bien des autres provinces de la RDC, pour ce qui est de la mise en place d’un comité provincial de pilotage de la résolution 1325. Pour les organisations féminines qui ont plaidé pendant des années pour son instauration, le comité était la pièce manquante pour engranger des résultats palpables à leurs multiples initiatives contre les violences qui visent les femmes.

Les animateurs du comité provincial viennent du gouvernement, de la société civile et des organisations internationales. Une dizaine d’articles de l’arrêté du gouverneur définissent le travail que doit accomplir le comité. Sa mission principale c’est la mise en œuvre du suivi et de l’évaluation de la résolution 1325, au Nord-Kivu. Pour réaliser cette mission, le comité va travailler à accroitre la participation des femmes dans la prévention et la gestion des conflits dans le maintien de la paix et de soutenir les initiatives de femmes dans les zones en conflits et post-conflits ; – il va garantir la participation des femmes dans les institutions de prise des décisions ;- renforcer la prévention et la protection des droits des femmes et des filles, et prendre en compte leurs droits spécifiques relatifs au contexte de guerre et des conflits ; – intégrer la dimension genre dans les activités de promotion de la paix et la sécurité et dans les actions humanitaires ; – initier des enquêtes périodiques sur la prise en compte du genre et la lutte contre les violences sexuelles dans l’application de mécanismes et les publier ;- maintenir une concertation permanente autour de questions des inégalités du genre entre différents acteurs impliqués dans le processus de la mise en œuvre de la résolution 1325 ;- assurer la vulgarisation de la résolution 1325 ;-assurer le suivi de la mise en œuvre de la résolution ;-assurer la collecte et la diffusion des informations relatives à la résolution 1325 à tous les niveaux.

Attentes des organisations féminines du comité provincial de pilotage de la résolution 1325

Si la résolution 1325 a totalisé 20 ans cette année depuis son adoption, au Nord-Kivu cela fait plutôt 10 ans que les organisations féminines travaillent activement à sa vulgarisation et sa mise en œuvre. Elles s’attendent à une évolution nette dans la considération de la femme dans la prévention et la lutte contre les violences, plus qu’au paravent.

À en croire la représentante du commandant du mécanisme conjoint de vérification élargie de la CIRGL, à la présentation officiel de l’arrêté du gouverneur, le 10 novembre, les statistiques montrent que les femmes constituent plus de la moitié de la population de la région mais elles ne sont pas toujours associées aux missions de négociations de paix et de médiation, pourtant l’implication des femmes dans la prévention et la résolution de conflits est la condition sine qua none d’une paix et d’un développement durable. Pour les organisations féminines du Nord-Kivu, un changement est à espérer avec la venue du comité de suivi. ‘’Nous remercions le gouverneur de pouvoir nous associer ainsi dans le processus de pacification, la protection des enfants et des femmes, et tous ces problèmes que la résolution va permettre de résoudre’’, déclare Nelly Lumbu-Lumbu, coordonnatrice de l’organisation Sauti ya mama Mkongomani.

Mais lorsque le comité est chapeauté et essentiellement au contrôle du gouvernement, il y’a lieu de craindre une influence de la politique sur son travail. Coordonnatrice de la dynamique des femmes juristes (DFJ), Claudine Tsongo appelle à l’unité. ‘’Ce comité ouvre des nouveaux horizons qui doivent nous mener vers la paix et la sécurité durables. Pour que la femme du Nord-Kivu ne connaisse plus la guerre et l’insécurité. Ce comité doit faire son travail’’, espère-t-elle.

Le comité provincial de suivi de la résolution 1325 pourrait bénéficier d’une ligne au budget du Nord-Kivu, dès l’année prochaine, a annoncé la vice-gouverneur, le 10 novembre, à Goma.

Frédéric Feruzi

  • Share

0 Comments

Leave a comment