Corneille Nangaa, chef de l’Alliance Fleuve Congo (AFC), a confirmé publiquement une collaboration entre son mouvement et le Rwanda, ainsi qu’avec l’Ouganda, quelques jours après que l’ambassadrice rwandaise aux États-Unis a reconnu devant le Congrès américain une coopération entre Kigali et le groupe AFC/M23 opérant dans l’est de la RDC.
« Je confirme ici que nous collaborons avec le Rwanda. Et que nous ne collaborons pas seulement avec le Rwanda, nous collaborons aussi avec l’Ouganda », a déclaré Nangaa lors d’une interview à un média, tout en rejetant l’idée que cette collaboration équivaille à un soutien militaire ou politique.
Les propos de Nangaa interviennent après la déclaration, le 22 janvier, de Mathilde Mukantabana, ambassadrice du Rwanda à Washington, qui a affirmé devant des parlementaires américains que la coopération de son pays avec l’AFC/M23 visait à protéger les populations tutsi en RDC et à prévenir une résurgence de violences à caractère génocidaire.
Cette déclaration a marqué la première reconnaissance officielle par Kigali d’une coopération avec le groupe armé, principalement actif dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
“Collaborer ne veut pas dire soutenir”
Face aux accusations de soutien rwandais, Nangaa a insisté sur une distinction entre collaboration fonctionnelle et appui stratégique.
« Est-ce que collaborer voudrait dire soutenir ? Non », a-t-il affirmé.
« Collaborer, ce n’est pas soutenir. Nous collaborons sur des questions précises, notamment sécuritaires et frontalières. »
Selon lui, cette collaboration repose notamment sur un intérêt commun concernant la neutralisation des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), un groupe armé hutu hostile au gouvernement rwandais et présent sur le sol congolais.
« Les FDLR sont une force négative. Leur objectif est de déstabiliser le pouvoir à Kigali. En étant au Congo, ils tuent nos populations et créent de l’insécurité. Leur neutralisation concerne aussi bien les Rwandais que nous », a-t-il déclaré.
Nangaa a également affirmé que l’AFC/M23 avait arrêté et transféré plusieurs combattants FDLR depuis son entrée à Goma, sans fournir de chiffres précis.
Une coopération frontalière assumée
Le chef de l’AFC a mis en avant l’importance des échanges transfrontaliers pour justifier cette collaboration, évoquant un flux quotidien massif de personnes entre la RDC, le Rwanda et l’Ouganda.
« Plus de 40 000 personnes traversent chaque jour les frontières RDC-Rwanda. À chaque point frontalier, il y a des agents d’immigration rwandais et les nôtres. C’est une collaboration », a-t-il expliqué, citant notamment la Grande Barrière de Goma et plusieurs postes frontaliers secondaires.
Il a ajouté que des mécanismes similaires existaient avec l’Ouganda, notamment aux postes de Bunagana et d’Ishasha.
« Pour arriver à Goma aujourd’hui, journalistes, hommes d’affaires ou autres doivent souvent passer par Kigali ou Kampala. Doit-on dire que ce n’est pas de la collaboration ? C’en est une », a-t-il dit.
Kigali évoque une coopération “défensive et limitée”
De son côté, l’ambassadrice rwandaise Mathilde Mukantabana a précisé que la coopération avec l’AFC/M23 avait permis un retrait unilatéral du groupe de la ville d’Uvira, une initiative que Kigali présente comme un signe d’engagement en faveur de la désescalade.
Elle a souligné que l’action du Rwanda s’inscrivait dans un cadre « strictement défensif », visant à protéger les Tutsi congolais et à prévenir toute menace génocidaire transfrontalière, notamment de la part des FDLR.
Mukantabana a insisté sur le fait que cette coopération restait « limitée et conditionnelle ».
Une situation sous surveillance internationale
Cette reconnaissance croisée de collaboration survient alors que la situation sécuritaire dans l’est de la RDC continue de susciter de vives préoccupations au sein de la communauté internationale, en particulier aux États-Unis, où les autorités suivent de près l’évolution des tensions régionales et le rôle des acteurs étatiques dans le conflit.
Corneille Nangaa, pour sa part, a réaffirmé les ambitions politiques de son mouvement.
« Notre objectif, c’est de libérer le Congo. Nous avons dit que 2026 serait l’année de la victoire. Nous nous reverrons à Noël prochain et vous verrez où nous en serons », a-t-il conclu.
La rédaction










