La province de l’Ituri reste en 2026 l’un des points les plus instables de l’est de la RDC. Le rapport final du Groupe d’experts des Nations Unies publié en juin 2026 dresse un constat sévère : les violences armées, l’exploitation illégale des ressources et la faiblesse de la protection des civils se combinent pour aggraver la crise.
Le territoire d’Aru est particulièrement touché par des incursions récurrentes d’acteurs armés étrangers venus de la frontière avec le Soudan du Sud. Selon OCHA, ces attaques exposent les civils à des enlèvements, des violences physiques et des pillages. Entre le 11 et le 12 mai 2026, plus de 70 civils auraient été enlevés dans les villages d’Ulendere et d’Arile, zone de santé d’Adi. Le 31 mai, trois autres personnes ont été kidnappées à Nyangbare. Ces faits provoquent des déplacements préventifs vers la brousse.
OCHA à travers ce rapport des Experts des Nations-Unies note la poursuite des violences dans les territoires de Djugu, Irumu et Mambasa. Les civils y subissent attaques, enlèvements et déplacements forcés, ce qui aggrave les besoins de protection. Plus de 45 000 personnes restent déplacées dans la zone de Biakato, à Mambasa, et plus de 17 000 autres ont été récemment déplacées à Mahagi.
Au 31 mai 2026, l’Ituri comptait 999 000 personnes déplacées internes. Les familles déplacées vivent dans une vulnérabilité persistante, avec moins de sécurité pour se déplacer, se nourrir ou se soigner. Le rapport des experts met en lumière un pillage massif de l’or iturien via l’Ouganda. Un seul site entre Mabanga et Nizi aurait produit entre 3 et 8 tonnes d’or entre mars 2024 et mars 2026, pour une valeur estimée entre 300 et 800 millions USD. Un autre site près de Yedi toujours en territoire de Djugu aurait généré plus de 2 tonnes depuis début 2025. Pourtant, en 2025, les exportations légalement déclarées pour toute la province n’atteignaient que 559 kg.
Les exportations aurifères ougandaises ont atteint un record de 62 tonnes en 2025, soit 6,4 milliards USD et + 30% en volume. Les experts estiment que cette hausse mérite un « examen approfondi » au regard des soupçons de transfert illicite d’or extrait en RDC. Le document souligne que des éléments des forces de l’ordre auraient participé aux activités d’extraction de l’or.
La dégradation sécuritaire se traduit par un accès réduit aux besoins de base. En mai 2026, 77 368 personnes ont reçu une assistance alimentaire à Aru et Djugu, et 100 000 personnes une assistance monétaire à Djugu. Mais les besoins restent largement supérieurs à l’aide disponible. Les risques ne concernent pas seulement les zones de combat. Les villages frontaliers et les environs des sites de déplacés sont aussi touchés par violences, enlèvements et pillages. Les acteurs de protection plaident pour un renforcement des mécanismes de protection des civils, surtout dans les zones frontalières comme Aru.
Le contexte est encore compliqué par la 17e épidémie d’Ebola due à la souche Bundibugyo, qui aggrave les défis sanitaires dans une province déjà marquée par les conflits. En Ituri, l’insécurité, l’exploitation illégale et la crise humanitaire s’auto-alimentent. Le rapport du 11 juin 2026 montre une Ituri prise entre trois feux : groupes armés locaux en rivalité, circuits de contrebande d’or qui financent la violence, et civils laissés en première ligne. Les experts onusiens appellent à cibler à la fois la protection des populations, le contrôle des filières minières illicites et le renforcement de la présence de l’État dans les zones frontalières.
Nickson Manzekele

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