Mungbwalu est l’épicentre déclaré de l’épidémie Ebola par l’OMS. Dès le début, les autorités ont installé des hôpitaux de campagne face à la saturation des hôpitaux dans cette contrée située à 85 kms au nord de Bunia dans le territoire de Djugu. Résultat : plus de centres de dépistage et de prise en charge , plus de cas détectés et notifiés.
Le ministre de la Santé a précisé la semaine derniere que la capacité de détection est passée de 22 cas/jour à 2 000 cas/jour grâce au déploiement d’équipements sur le terrain. Malheureusement, le gros de ces labos est à Bunia, avec un labo en ville, un mobile à Mungbwalu et un à Nyankunde. Donc Mungbwalu teste, mais Bunia traite le volume.
Bunia est une ville-carrefour, plus peuplée et beaucoup plus connectée que Mungbwalu. Elle reçoit des flux de déplacés, commerçants, militaires, humanitaires venus de toutes les zones de santé. Un virus qui arrive dans une zone rurale diffuse moins vite que dans une ville où tout le monde se croise : marchés, gares routières, camps.
Camps de déplacés surpeuplés autour de Bunia
Des cas ont désormais été signalés dans au moins trois camps de déplacés surpeuplés de l’est du Congo, avec au moins 25 cas confirmés dont 14 décès. Ces camps sont majoritairement concentrés autour de Bunia pour la sécurité et l’accès à l’aide. La promiscuité, l’eau et l’hygiène difficile accélèrent la transmission. L’épidémie a été détectée tardivement et, selon les experts, le virus circulait déjà depuis des mois avant qu’elle ne soit officiellement déclarée le 15 mai.
Pendant cette période, des malades ont pu se déplacer de Mungbwalu vers Bunia pour se faire soigner, sans savoir. Quand l’alerte est tombée, Bunia avait déjà des chaînes de transmission actives. Elle se répand dans des régions reculées où se trouvent de nombreuses zones de conflit sous le contrôle de groupes armés.
À Mungbwalu, l’accès des équipes de riposte est plus risqué et irrégulier. À Bunia, siège du gouvernorat et des partenaires, la riposte est plus visible et mieux coordonnée.
La souche Bundibugyo complique la traçabilité
La maladie actuelle est due à l’espèce Bundibugyo du virus Ebola, une souche rare, contre laquelle il n’existe ni vaccin ni traitement. Elle est moins connue du personnel de terrain que le Zaire. Du coup, les premiers cas à Mungbwalu ont pu être confondus avec palu ou typhoïde, alors qu’à Bunia, avec les experts de l’OMS arrivés sur place, le diagnostic est posé plus vite. Les cas suspects des zones périphériques comme Mungbwalu sont évacués vers Bunia parce que c’est là qu’il y a les CTC et les moyens. Statistiquement, ils sont alors comptabilisés comme “cas de Bunia”. C’est un biais classique en épidémie : la capitale sanitaire concentre les chiffres.
Sur un total de plus de 1 000 cas rapportés dans les trois provinces concernées, la province de l’Ituri concentre à elle seule plus de 950 cas confirmés. Le bilan Ituri affiche aussi 252 décès et 78 guérisons. L’écart avec Mungbwalu s’explique donc aussi par le poids démographique de Bunia.
Les appuis sociaux ciblent les enfants orphelins d’Ebola, les femmes et les personnes déplacées internes installées dans divers camps, avec ALIMA et UNICEF. Cette concentration des partenaires en ville attire aussi les familles malades qui cherchent une prise en charge.
L’OMS a déclaré une « urgence de santé publique de portée internationale » le 17 mai 2026, et Africa CDC une « urgence de sécurité continentale » le 18 mai. Ces décisions ont débloqué des moyens qui se sont d’abord déployés à Bunia, épicentre officiel. Mungbwalu a été le point d’allumage identifié début mai dans sa zone sanitaire, mais Bunia a pris le lead parce qu’elle cumule population, mobilité, camps, laboratoires et centres de soins. Plus tu testes et tu soignes dans un endroit, plus tu comptes de cas.
Rédaction

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