deux ans après les inondations meurtrières du 4 mai 2023 dans le territoire de Kalehe, plusieurs enfants devenus orphelins continuent de vivre dans une grande précarité au site de Cibanda Lwako, une situation qui suscite des inquiétudes croissantes autour du respect des droits fondamentaux garantis par la Convention relative aux droits de l’enfant, particulièrement dans un contexte humanitaire et sécuritaire déjà fragile à l’est de la République démocratique du Congo.
Dans ce site situé à quelques kilomètres du centre de Kalehe, des centaines d’enfants ayant survécu aux inondations ayant ravagé Bushushu et Nyamukubi grandissent aujourd’hui sans véritable stabilité familiale, dans des abris précaires où l’accès à l’alimentation, aux soins de santé, à l’éducation et à l’accompagnement psychosocial demeure limité.
Plusieurs acteurs communautaires décrivent une réalité marquée par la faim, les maladies récurrentes et une vulnérabilité accrue des enfants ayant perdu leurs parents lors de cette catastrophe.
« La situation de ces enfants dépasse aujourd’hui la simple urgence humanitaire. Nous sommes face à des mineurs qui ont perdu leurs repères familiaux, leur sécurité et parfois même leur accès aux droits les plus élémentaires », explique Maître Julienne SWEDY, défenseur des droits de l’enfant engagée dans la protection communautaire à Kalehe.
Selon différentes sources locales, certains enfants vivent entassés dans de petites habitations avec des familles d’accueil elles-mêmes affectées par la précarité économique. Plusieurs dorment à même le sol ou sur des nattes insuffisantes, tandis que d’autres passent parfois la journée sans repas complet.
Des cas de malnutrition, d’oreillons ainsi que certaines maladies hydriques sont également signalés parmi les enfants vivant sur le site.
À cette vulnérabilité sanitaire s’ajoute une profonde détresse psychologique encore visible chez plusieurs mineurs ayant assisté aux inondations ou perdu brutalement leurs proches sous les eaux et les éboulements.
« Certains enfants développent une peur permanente dès qu’il commence à pleuvoir fortement. D’autres restent enfermés dans le silence depuis la disparition de leurs parents », témoignage Asifiwe ZIHALIRWA Hortance une femme impliquée dans l’encadrement communautaire des enfants sinistrés.
Dans cette partie du Sud-Kivu, des acteurs de protection de l’enfance rappellent que la Convention relative aux droits de l’enfant, ratifiée par la République démocratique du Congo, impose pourtant des obligations claires en matière de protection des mineurs, particulièrement en période de crise humanitaire.
L’article 6 de cette convention reconnaît notamment le droit fondamental de tout enfant à la survie et au développement. L’article 24 garantit le droit de l’enfant à bénéficier du meilleur état de santé possible, tandis que l’article 28 insiste sur l’accès à l’éducation sans discrimination. L’article 39 prévoit également l’accompagnement physique et psychologique des enfants victimes de catastrophes, de violences ou de situations traumatisantes.
Pour plusieurs observateurs, la situation actuelle des enfants orphelins de Kalehe montre les limites des mécanismes de protection existants dans les zones affectées à la fois par les catastrophes naturelles, les déplacements de populations et l’insécurité persistante.
« Lorsqu’un enfant perd ses parents, son école, sa maison et vit ensuite dans un environnement instable sans assistance suffisante, tous les risques de protection augmentent : exploitation, abandon scolaire, violences ou troubles psychologiques », alerte un acteur des droits humains de la région.
L’aggravation de la crise sécuritaire dans l’est du pays complique également l’accès humanitaire dans plusieurs zones du Sud-Kivu, réduisant les possibilités de suivi durable pour les enfants vulnérables.
Sur le site de Cibanda Lwako, des initiatives locales tentent malgré tout de maintenir une assistance minimale à travers des activités agricoles communautaires, des visites de soutien psychosocial et quelques actions de solidarité en faveur des enfants sinistrés. Mais plusieurs responsables communautaires reconnaissent que les moyens restent largement insuffisants face à l’ampleur des besoins.
Des appels sont ainsi lancés aux organisations humanitaires, aux autorités publiques et aux acteurs de protection de l’enfance afin de renforcer les mécanismes d’assistance durable en faveur de ces enfants devenus orphelins après les inondations.
Les besoins exprimés concernent principalement la prise en charge médicale, l’alimentation régulière, la scolarisation, le soutien psychologique ainsi que la protection sociale des enfants vivant encore dans le camp.
En mai 2023, les inondations survenues dans le territoire de Kalehe avaient causé la mort de centaines de personnes et détruit plusieurs villages du Sud-Kivu. Deux ans après cette catastrophe, de nombreux enfants touchés par ce drame continuent de vivre dans des conditions précaires, alors même que les instruments internationaux relatifs aux droits de l’enfant reconnaissent leur droit à la protection, à la dignité et à un développement sécurisé.
Yseult Lwango

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