Chaque 2 avril, la Journée mondiale de sensibilisation à l’autisme, initiée par l’Organisation des Nations unies, est l’occasion d’attirer l’attention sur une réalité encore peu comprise dans de nombreuses sociétés : celle des personnes vivant avec un trouble du spectre de l’autisme.
L’autisme est une condition liée au développement du cerveau qui influence la manière dont une personne perçoit le monde, communique et interagit avec les autres. Contrairement à certaines idées reçues, il ne s’agit pas d’une maladie, mais d’une différence de fonctionnement. Il concerne aussi bien les enfants que les adultes, dont beaucoup restent non diagnostiqués, notamment dans les contextes où l’accès aux services spécialisés est limité.
Chez les adultes, l’autisme peut se manifester par des difficultés dans les interactions sociales, une sensibilité accrue à certains stimuli (bruits, lumières), ou encore un attachement à des routines. Mais il peut aussi s’accompagner de compétences particulières, comme une grande capacité de concentration, une mémoire développée ou une attention aux détails.
Dans l’est de la République démocratique du Congo, notamment au Sud-Kivu et au Nord-Kivu, la question de l’autisme reste peu abordée. Dans un contexte marqué par les conflits armés et les déplacements de populations, les priorités humanitaires rendent souvent invisibles d’autres réalités liées à la santé mentale.
La situation est d’autant plus complexe que les effets psychologiques de la guerre peuvent entraîner des comportements similaires à ceux observés chez certaines personnes autistes, notamment le repli sur soi, l’anxiété ou les difficultés relationnelles.
« Il est important de faire la distinction entre l’autisme et les troubles liés aux traumatismes. L’autisme est une condition neurodéveloppementale, tandis que les traumatismes sont une réponse à un événement vécu », explique Moïse Kinkumba psychologue basé au sud-Kivu.
Selon ce spécialiste, le manque d’information contribue à la stigmatisation. « Beaucoup de personnes sont jugées ou incomprises simplement parce qu’elles fonctionnent différemment. Cela peut entraîner de l’isolement, surtout à l’âge adulte », ajoute-t-il.
Face à cette réalité, la sensibilisation apparaît comme une étape essentielle. Mieux comprendre l’autisme permet de changer le regard de la société et de promouvoir une meilleure inclusion.
Au niveau communautaire, plusieurs attitudes peuvent favoriser cette inclusion :
• reconnaître et respecter les différences
• éviter les jugements et les stéréotypes
• favoriser un environnement social plus tolérant
• encourager l’intégration dans les milieux professionnels
• soutenir les initiatives liées à la santé mentale
Dans un contexte de crise prolongée, comme celui de l’est du pays, renforcer l’écoute et la compréhension devient un enjeu majeur. Les personnes autistes, comme d’autres personnes vivant avec des troubles invisibles, ont besoin d’un environnement qui respecte leur dignité et leur manière d’être.
La Journée du 2 avril rappelle ainsi que l’inclusion ne se limite pas à la prise en charge, mais commence par un changement de regard. Comprendre, accepter et accompagner les différences est une responsabilité collective, indispensable pour construire une société plus humaine et plus inclusive.
Yseult Lwango

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