Dans l’est de la République démocratique du Congo, les populations du Sud-Kivu et du Maniema font face à une accumulation de crises sanitaires et sécuritaires qui fragilisent davantage un système de santé déjà précaire. En 2025, cette réalité a contraint Médecins Sans Frontières (MSF) à renforcer de manière significative ses interventions d’urgence dans ces deux provinces.
À mesure que les structures sanitaires locales se retrouvent dépassées, l’équipe de Réponse d’Urgence et Surveillance au Congo (RUSC) est intervenue à six reprises pour répondre à des situations critiques, allant des épidémies aux conséquences humanitaires des déplacements forcés de populations.
Dans plusieurs zones du Maniema et du Sud-Kivu, des épidémies de rougeole ont touché massivement les enfants, particulièrement vulnérables. À Kasongo, Kabambare et Minova, les équipes médicales ont déployé des campagnes de vaccination d’urgence, permettant de protéger près de 75 000 enfants de moins de cinq ans, tout en assurant des soins à plus de 4 500 patients.
Au Sud-Kivu, l’apparition du choléra à Lomera a mis en lumière les carences en eau potable et en infrastructures sanitaires. Face à la propagation rapide de la maladie, MSF a soutenu la réponse locale en vaccinant 11 000 personnes et en prenant en charge 760 malades, limitant ainsi les risques d’une flambée incontrôlée.
La crise sécuritaire reste toutefois un facteur aggravant majeur. À Katana, Kalehe et Bunyakiri, les affrontements armés ont entraîné des déplacements massifs, laissant de nombreuses familles sans accès aux soins. Dans ces zones, MSF a renforcé les centres de santé à travers des consultations médicales, des accouchements assistés, des interventions chirurgicales, ainsi que la prise en charge des enfants malnutris et des survivantes de violences sexuelles.
Au cours de l’année, 35 000 consultations ont été assurées et 10 800 patients hospitalisés, révélant l’ampleur des besoins. Pourtant, l’accès humanitaire reste limité dans plusieurs zones enclavées, où l’insécurité complique le travail des équipes médicales.
Près de la moitié des interventions de MSF se sont déroulées dans des territoires contrôlés par des groupes armés, nécessitant des négociations constantes afin de préserver un accès humanitaire neutre et indépendant. Dans certaines zones comme Bunyakiri, MSF est restée la seule organisation humanitaire présente, apportant une assistance vitale à des populations longtemps isolées.
Malgré les difficultés logistiques, des avancées ont été enregistrées, notamment à Kabambare, où une campagne de vaccination élargie a intégré pour la première fois le vaccin contre le rotavirus, répondant à des besoins sanitaires longtemps négligés.
Dans un contexte marqué par la réduction des financements humanitaires et l’affaiblissement des services publics de santé, les interventions de MSF demeurent essentielles pour des milliers de familles. En 2026, l’organisation maintient son dispositif d’urgence en alerte dans le Sud-Kivu, afin de pouvoir répondre rapidement aux prochaines crises qui menacent les populations les plus vulnérables.
Yseult Lwango

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