Aux portes de l’accord, la RDC se retire : Kigali parle de « prétexte ridicule »

Posted on

La crise diplomatique entre Kinshasa et Kigali prend un nouveau tournant après le retrait inopiné de la délégation congolaise des discussions sur le cadre régional d’intégration économique (REIF), tenues sous médiation américaine à Washington.

Alors que la République démocratique du Congo (RDC) a justifié ce retrait par l’exigence préalable du retrait de 90 % des troupes rwandaises opérant dans l’est du pays, le Rwanda dénonce une « mise en scène politique » et un « prétexte ridicule ».

Dans une déclaration rendue publique ce samedi, le ministre rwandais des Affaires étrangères, Olivier Nduhungirehe, a livré la version officielle de Kigali. Selon lui, les délégations des deux pays étaient sur le point de parapher un accord économique important, fruit de plusieurs jours de négociations sous la supervision de Washington.

« Les délégations de la RDC et du Rwanda ont fait du bon travail cette semaine et sont parvenues, sous la médiation américaine, à un accord sur le cadre régional d’intégration économique », a déclaré le chef de la diplomatie rwandaise. Il affirme que tout était prêt pour la signature du document, mais que le président Félix Tshisekedi a ordonné à sa délégation, à la dernière minute, de se retirer.

« Ils étaient prêts à parapher le document le lendemain matin, mais le président Tshisekedi a demandé, à la dernière minute, à sa délégation de NE PAS signer, craignant la réaction négative de son opinion publique interne », a-t-il poursuivi.

Concernant la condition de retrait des troupes rwandaises évoquée par Kinshasa, Olivier Nduhungirehe a été catégorique : « Cette condition préalable au “retrait de 90 % des troupes rwandaises” que j’ai lue ici et là-bas est donc un prétexte ridicule pour la consommation des médias, jamais présenté par la délégation de la RDC pendant les négociations. »

Le ministre rwandais insiste sur le fait que les négociations du REIF ont été exclusivement économiques, les questions sécuritaires étant, selon lui, traitées dans un cadre séparé, celui du Mécanisme conjoint de coordination sécuritaire (JSCM).

« En effet, les négociations sur le REIF sont purement économiques et ne tiennent pas compte des questions de sécurité, qui sont gérées par le JSCM. Les 17 et 18 septembre 2025, le JSCM s’était réuni à Washington pour discuter de la mise en œuvre du CONOPS, et la déclaration publiée par le Département d’État américain ne mentionnait pas non plus cette condition préalable », a-t-il précisé.

Dans la même déclaration, Olivier Nduhungirehe a également fustigé ce qu’il appelle des « sautes d’humeur » répétées du président congolais dans les processus de paix régionaux. Il rappelle un précédent incident :

« Vous vous souviendrez que le 14 septembre 2024 à Luanda, en Angola, alors que la délégation militaire de la RDC avait déjà approuvé le plan harmonisé pour la neutralisation de la FDLR et la levée des mesures défensives du Rwanda, prêt à être signé par les ministres, le président Tshisekedi a soudainement changé d’avis, a appelé son ministre des Affaires étrangères au téléphone – au milieu de notre réunion – et lui a demandé de ne pas signer. »

Cette sortie virulente de Kigali reflète une fois de plus la méfiance persistante entre les deux voisins, malgré les efforts de médiation menés par les États-Unis et l’Angola. Si pour Kinshasa, la sécurité dans l’Est du pays reste un préalable à tout engagement économique, Kigali considère que les deux volets doivent être traités séparément pour avancer.

La rupture soudaine des discussions de Washington pourrait compromettre davantage les espoirs d’un rapprochement durable et retarder la mise en œuvre du cadre économique régional censé favoriser l’intégration et la stabilité dans la région des Grands Lacs.

Les observateurs craignent désormais que ce nouvel épisode de tensions ne vienne fragiliser davantage les initiatives de coopération en Afrique centrale, dans un contexte de montée des violences armées dans l’Est congolais.

  • Share

0 Comments

Leave a comment