RDC: Un seul kidnapping est un supplice de trop (Tribune de Chantal Faida Mulengabyuma)

Posted on

Les jours passent en Ituri et au Nord-Kivu _ pourtant provinces sous État de siège mais peu de résultats_ mais elles ne se ressemblent pas depuis près de 6 ans.

Les milices et groupes armés non étatiques prospèrent plutôt que le développement à la base. La population subit les affres ineffables dans l’indifférence des décideurs.

Chaque jour que Dieu fait, un nouveau malheur s’abat sur les innocents qui ne demandent qu’à être à l’abri des violences armées comme le stipule l’article 16 de notre constitution mais hélas !

Un peu avant la fin de l’année 2021, un collègue a vécu un drame dont il n’est pas près de se relever sans l’aide d’un spécialiste et de nos prières.

Son frère travaillant pour une grande société commerciale à Djugu en Ituri a été kidnapper par un groupe de miliciens non contrôlé.

La famille prit soin d’alerter les forces de sécurité, la justice, les acteurs tant sociaux que politiques, mais que dalle!

48 heures après, il reçut des appels de demande de rançon des sommes colossales en dollars américains pour la libération de son frère bien-aimé qui était un père de famille modèle.

Les ravisseurs jouaient sur la corde sentimentale en donnant le téléphone à son frère kidnappé pour que lui-même supplie les siens de le sauver en faisant tout ce qui était à leur pouvoir.
Quel dilemme pour une famille innocente.
Rien ne liait la personne kidnappée à un deal ou autre dossier qui pourrait justifier sa situation.

En dépit de la crise économique exacerbée par la crise sanitaire à Covid19 et les multiples conjonctures intemporelles, la solidarité africaine a permis de trouver sous pression la somme demandée par les ravisseurs.

“Le propre de la guerre c’est qu’elle est sale” dixit un philosophe.

Là où le bas blesse, c’est le manque de traçage des numéros utilisés par les ravisseurs. Bien que ces derniers menaçaient la famille, leur prévenant le pire si elle essayait de communiquer leurs coordonnées qu’ils changeaient régulièrement.

Mais il est possible pour nos services d’intelligence de tracer pour localiser le numéro qui avait reçu le transfert de la rançon.

Après l’opération de transfert, le groupe avait coupé tout contact.
Quelques jours après, le drame fut révélé par les services de la croix rouge qui avait identifié un corps sans vie dont les indices ont permis au proche de reconnaître le leur.

Notre douleur était grande,
Notre regret tres profond et
Notre espoir de voir la justice se saisir du dossier très immense pour pouvoir un tant soit peu consoler la famille affectée.

Nous ne trouvons pas des mots justes pour exprimer notre proximité à la famille du collègue et de toutes les autres familles ayant vécu les drames similaires.
C’est une épreuve extrêmement difficile.
Sans la faveur divine personne ne peut se relever.

Plusieurs vies ont péri comme ça.
Il y a d’autres qui sont toujours en captivité et dont les nouvelles sont attendues depuis près de 10 ans.
Je cite ici les trois prêtres catholiques du diocèse de Beni enlevés depuis 2016, les agents humanitaires d’un organisme international enlevés près de Goma à Saké il y a une semaine.

La guérilla, la guerre non conventionnelle, la crise meurtrière _ le nom pour décrire ce qui sévit est complexe _ imposée aux compatriotes de Bunia, Djugu,Drodro, Beni, Masisi, Rutshuru est pourtant évitable.

Il suffit d’appliquer la gouvernance avec ses principes sacro-saints tels la transparence publique, le respect des textes, l’équité, l’inclusion, la redevabilite, la performance et la réactivité.

Le peuple demande des dirigeants humains et compatissants.
Cette demande n’est pas impossible si la volonté se manifeste.

Victoire Muliwavyo

  • Share

0 Comments

Leave a comment