Les chiffres contenus dans une étude que l’Ong féminine ‘Sauti ya mama Mkongomani’ a réalisé en octobre dernier sont révélateurs. Quoique partielle en termes de territoire couvert, l’étude met à nu une situation qui mérite d’y réserver une attention.
Les enquêtés ont été à 79,1% des femmes et à 20,9% des hommes. Elle a été menée sur les 3 territoires de la partie-sud de la province du Nord-Kivu et son chef-lieu, dans l’Est de la R.D.Congo.
L’étude consistait à évaluer le rôle qu’occupent les femmes en milieu rural (Territoire de Nyiragongo, Rutchuru et Masisi) tout comme urbain (Goma), par rapport à la prévention et la protection contre les violences sexuelles et basées sur le genre (VSBG).
Au regard des chiffres obtenus par l’enquête, la situation de la femme est loin d’évoluer comme l’espérer les organisations féminines qui mènent, au Nord-Kivu, un combat acharné pour les droits des femmes depuis des dizaines d’années.
Outre des facteurs étatiques, sécuritaires et sociologiques, la faible maitrise des droits dans le chef des femmes notamment est un facteur qui bloque leur accès à des conditions d’une existence digne. L’étude montre par exemple que 57, 4% des femmes ne savent pas qu’elles ont droit à l’éducation sans être discriminées.
Le viol et encore le viol en maître au Nord-Kivu
L’étude a pris en compte plusieurs aspects de la vie dans les zones qu’elle a couvertes. Citons entre autres les violences sexuelles, la prise de décision en famille, le travail, la participation politique, la connaissance des droits, le mariage d’enfants et la santé sexuelle et reproductive.
Pour ce qui est de violences sexuelles, l’étude a rangé les enquêtés en trois catégories. Ceux qui ont été violés à 1 reprise, à 2 reprises et à plus de 2 reprises. Les femmes violées 1 fois ont été 11,0%, celles qui ont été survivantes du viol à 2 reprises 6,4% et plus de 2 fois 37,8% .Côté hommes, 1,5% ont été violés une fois, 1,4% et 7,3% renseigne l’étude.
Les mariages d’enfants confortent les chiffres des violences sexuelles au Nord-Kivu. L’étude indique que 10,6%des enquêtés ont estimé que les enfants doivent se marier entre 12 et 17ans.
À côté du nombre non négligeable des victimes des violences sexuelles, se dresse celui d’accès aux mécanismes de protection. Le problème ce n’est pas qu’ils n’existent pas, mais que les survivants et leurs proches les ignorent. L’étude fait savoir que 63,5 % des enquêtés ont avoué ne pas connaitre les mécanismes. Ceux qui les connaissent représentent des pourcentages faibles et ne savent pas toujours où il faut se rendre pour une femme violée par exemple. Ainsi, 27, 4% des enquêtés ont dit qu’il faut emmener la survivante à la justice contre 10, 1% qui pensent qu’il faut l’emmener d’abord aux soins de santé.
Rôle social accordé aux femmes toujours inférieur !
La mise à l’écart de la femme se vérifie déjà au niveau de la famille, cellule de base. Les chiffres sont éloquents. 33,3% des femmes ont estimé que le mari est le seul à prendre des décisions comme il est le chef de la famille. Et cela, c’est contre 4,06%qui ont reconnu que leurs maris les laissent prendre des décisions dans la famille.
Tout naturellement, la perception discriminatoire de la femme au niveau de la cellule de base se reproduit dans le milieu de travail. 72,4%, des femmes sont des subalternes, 19,9% occupent des postes de collaboration et 7,7% des postes de commandement et cela surtout en milieu urbain.
En politique, alors que plus ou moins 68% des femmes interrogées se reconnaissent membres des partis politiques, seuls 5% environ se sentent membres à part entière mais n’occupent aucun poste.
Mais pourquoi une évolution lente dans l’intégration sociale des femmes au Nord-Kivu ?
L’étude vient d’être présentée aux membres de la société civile, aux représentants des forces de sécurité et à des responsables étatiques du Nord-Kivu, à Goma, en marge du 20ème anniversaire de la résolution 1325 de l’ONU. Il s’agissait de leur faire prendre conscience de la situation des VSBG dans la région où ils ont des pouvoirs.
Selon maitre Nelly Lumbulumbu, coordonatrice de ‘SAUTI YA MAMA MKONGOMANI’ la situation de la femme reste presque la même dans les milieux ruraux insécurisés tout comme urbains relativement stables. Le problème réside tout d’abord au niveau de l’application de la loi. ‘’Les gens n’appliquent pas la loi et veulent appliquer la coutume à la place de la loi, or la loi est claire, elle dit que là où la coutume est rétrograde, la où la coutume ne respecte pas la loi, cette coutume-là est appelée à être bannie, abolie’’, explique Nelly Lumbulumbu.
La défenseuse des droits des femmes renchérit qu’à la coutume s’ajoute le conservatisme qui perpétue les normes rétrogrades discriminatoires de la femme. Nelly Lumbulumbu compte sur la bonne volonté des responsables publics et des communautés pour mettre fin à ces pratiques.
Frédéric Feruzi

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