Une vingtaine d’inspecteurs du système sanitaire de la province viennent de prêter serment cette semaine à Goma. C’est la toute première équipe de l’histoire de la province. Le défi à relever est pour elle de taille.
Ce lundi, 18 juin, devant le procureur de la république près le parquet de Goma, le médecin inspecteur provincial (MIP) et le ministre provincial de la santé, les 20 inspecteurs ont juré fidélité à la constitution et aux principes qui régissent leur travail d’inspecteurs en RDC.
20 inspecteurs pour 34 zones de santé du Nord-Kivu, c’est visiblement peu mais le MIP rassure que ses agents s’en sortiront. Le docteur Marcel Kibondo affirme que leur travail de contrôle se fait périodiquement. 20, ce n’est pas d’ailleurs loin de 25, le nombre d’inspecteurs que la réforme du secteur de la santé requiert pour chaque province de la république, explique-t-il.
Les 20 inspecteurs entrent en activité après avoir suivi une formation financée par un partenaire du gouvernement congolais. Le Nord-Kivu devient par conséquent la 12ème province de la république à disposer des inspecteurs médicaux qui vont également agir en officier de police judiciaire (OPJ).
Le travail proprement-dit des inspecteurs médicaux
Une femme qui perd la vie en donnant la vie, ou qui perd son enfant lors de l’accouchement suite à l’amateurisme ou l’imprudence d’un praticien, un malade qui meurt ou devient handicapé pour avoir été administré une dose inappropriée et d’autres cas types, sont légion pour expliquer les infractions commises par les pharmaciens, les infirmiers ou encore les médecins en RDC.
Le courage des autorités pour traquer ces infractions est à saluer mais c’est difficile de croire que les inspecteurs vont relever ce défi, confie dans l’anonymat un médecin de l’hôpital Heal Africa de Goma. Il affirme que les rapports de bavures des personnels du secteur sanitaire sont remis aux autorités sanitaires mais demeurent souvent sans issue.
Pour donner désormais suite aux rapports des bavures, les inspecteurs sont enfin largués sur terrain, pour enquêter d’eux-mêmes, se réjouit Marcel Kibondo. Il prévient les personnels sanitaires :
’’Maintenant, il n y’aura plus de complaisance dans le secteur de la santé. Vous commettez une bavure, vous n’êtes pas habilité à prester, vous n’êtes pas habilité à vendre les médicaments, vous aurez les inspecteurs derrière vous qui sont les OPJ. Ils vont vous verbaliser, ils vont vous arrêter et vous déferrer à la justice. Et vous allez purger votre peine là-bas !’’
Des hôpitaux à la justice
Annoncée par le MIP, la mission des inspecteurs est détaillée par le procureur Dauphin Mawazo. D’abord, il s’agira pour eux de rechercher des infractions en matière de la santé, qui englobe le secteur de l’importation de médicaments, le secteur de la pharmacie et de l’administration des soins. Dauphin Mawazo déclare :
’’ Vous allez rechercher les infractions en cette matière, vous allez les constater, vous allez en rechercher les auteurs, vous allez en réunir les éléments de preuve à charge et enfin de compte vous allez déferrer par devant l’autorité judiciaire compétente tous les auteurs présumés de ces infractions’’.
Tout comme le ministre provincial de la santé, le procureur de la république près le parquet de Goma craint cependant des abus de certains inspecteurs et les met en garde.
’’Étant applicateur de la loi, vous êtes également soumis à la rigueur de cette loi. Si par malice, par esprit de lucre, par esprit de clientélisme, vous versez dans les dérives, vous serez les plus sévèrement sanctionnés. Et l’épée de la loi qui se trouve entre les mains du procureur de la république sera sans pitié envers vous. Vous êtes appelés vous-mêmes à respecter la loi ainsi que tous les principes en la matière”, a prévenu Dauphin Mawazo.
Si les inspecteurs médicaux restent dans les limites de leur travail, cela peut annoncer une ère nouvelle dans la province : la fin de l’impunité dans le secteur de la santé, espère le docteur Moise Kakule Kanyere, ministre provincial de la santé.
Frédéric Feruzi

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