Reprise des cours sur toute l’étendue de la République Démocratique du Congo ce 01 septembre 2026. En Ituri, cette rentrée 2026-2027 intervient dans un contexte de double urgence. La province doit gérer simultanément une urgence sanitaire liée à la maladie à virus Ebola dont elle est l’épicentre avec plus de 80% des décès, et une urgence humanitaire ancienne alimentée par les conflits armés et les déplacements massifs de population.
Malgré les appels au report, les autorités éducationnelles ont maintenu la date. Le directeur de la province éducationnelle Ituri 1, Yvon Muke Abwasele, et son intérimaire Jean-Baptiste Ngona ont confirmé que la rentrée est fixée au 1er septembre, conformément à la vision du gouverneur de province qui veut que tous les enfants aillent à l’école. Une décision qui intervient après la formation de 150 inspecteurs, cadres et membres de l’ANAPECO, chargés de déployer les mesures barrières dans les sous-divisions.
Sur le terrain, notre ronde à Bunia ce 01 septembre 2026 révèle une reprise timide. De l’Institut de Nyakasanza communément appelé Petit Collège, en passant par les écoles primaires 1, 2, 3, 4 Nyakasanza puis Saint Kizito, des écoliers et élèves ont été visibles dans des salles de classe qui, pour la plupart, n’avaient pas l’effectif total des inscrits. Certaines classes de 45 inscrits n’en comptaient que 12 présents.
D’un premier regard, ce sont les dispositifs de riposte qui frappent. Des kits de lavage de mains, des thermo-flashs et du gel hydroalcoolique sont visibles devant chaque salle de classe. Dans plusieurs autres ecoles comme à Nyakasanza, le lavage des mains est obligatoire à l’entrée et la prise de température systématique. Des cahiers d’enseignement à distance sont même pré-positionnés pour basculer au cas où un cas serait signalé dans une école.
Certains enseignants interrogés sous couvert d’anonymat estiment que petit à petit, l’effectif va continuer à croître. « Nous commençons chaque journée par 30 minutes de sensibilisation. L’école doit devenir un relais de la riposte, un espace de veille et d’alerte précoce », confie l’un d’eux, reprenant la stratégie officielle qui veut faire de l’enseignant le vecteur du message vers l’élève et sa famille.
Dans plusieurs écoles privées agréées visitées, le taux de reprise a été encore plus faible. À Shalom, Mandela, La Racine, des enseignants étaient présents, craie en main, mais faible présence d’élèves. Là-bas, plusieurs salles de la maternelle n’ont même pas fonctionné pour des causes non élucidées. Les parents, eux, exigent des dispositifs plus robustes.
« Nous avons remis du désinfectant dans le sac de notre enfant », témoigne une mère rencontrée à Bunia.
Si Bunia résiste, Mambasa décroche. Dans le territoire de Mambasa, d’après nos sources dans la chefferie de Babila Babombi, plusieurs écoles n’ont pas ouvert leurs portes ce 1er septembre. Certaines demeurent jusqu’à présent des dortoirs de fortune pour des déplacés ayant fui les récentes attaques des ADF dans plusieurs agglomérations. Les tableaux noirs servent de cloisons, les pupitres de lits.
L’insécurité reste le second virus. Des sources locales font état de dizaines de civils tués et enlevés au cours des deux dernières semaines de juillet dans les zones les plus touchées par l’épidémie, provoquant plusieurs milliers de nouveaux déplacés. Dans ces zones rouges où la transmission d’Ebola est rapide et où les ADF opèrent, l’école n’est plus une priorité, c’est la survie.
Le tableau s’assombrit avec la promiscuité dans les camps. Selon le HCR, au moins cinq des 69 sites de déplacés recensés en Ituri ont déjà enregistré des cas confirmés d’Ebola, dont plusieurs décès. Surpopulation, manque d’eau et défiance envers les services de santé créent un terrain propice à une propagation rapide. L’Ituri accueille à elle seule près de 4,4 millions de personnes déplacées et réfugiés.
Cette rentrée à haut risque divise. L’Union des associations culturelles pour le développement de l’Ituri (UNADI), qui regroupe 21 communautés, a appelé le gouvernement à reporter la rentrée à octobre pour maîtriser la situation épidémiologique.
« Nous ne remettons pas en cause l’importance de l’éducation. Notre préoccupation est d’abord sanitaire », explique son président Meta Wani. Une position rejointe par l’Intersyndicale des enseignants d’Ituri 1 qui avait annoncé le boycott de la reprise, estimant que “la santé n’a pas de prix”, et par le Parlement des jeunes qui alerte : « Les enfants sont vulnérables, dans les écoles ils vont se toucher et échanger des objets sans qu’il soit toujours possible de contrôler ».
Entre peur du virus et peur des armes, l’année scolaire démarre en Ituri sur un fil. Les autorités misent sur les mesures barrières et l’enseignement à distance en cas de résurgence, mais sur le terrain, à Nyakasanza comme à Biakato, le constat est sans appel : sans sécurité et sans confiance sanitaire totale, les salles de classe resteront à moitié vides.
Nickson Manzekele
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