La Coalition Verte pour le Couloir Vert Kivu-Kinshasa sollicite un partenariat avec la Fondation Virunga afin de contribuer à la mise en œuvre de ce projet environnemental national, en mettant l’accent sur la participation des communautés locales, la défense des droits fonciers et la promotion d’une économie verte durable.
La Coalition Verte pour le Couloir Vert Kivu-Kinshasa, regroupant 116 organisations signataires issues de la société civile environnementale de la République démocratique du Congo (RDC), propose de mettre son expertise au service de la Fondation Virunga pour accompagner la mise en œuvre du projet de Couloir Vert Kivu-Kinshasa. Dans une correspondance adressée au directeur exécutif de cette fondation, basée à Beni, au Nord-Kivu, la Coalition exprime sa volonté de contribuer à la réussite de cette initiative, tout en plaidant pour un modèle de conservation qui place les communautés locales et les peuples autochtones pygmées au cœur des décisions.
Créé par le décret n° 025/01 du 15 janvier 2025, le Couloir Vert Kivu-Kinshasa est une aire protégée à vocation de réserve communautaire. Ce projet ambitionne notamment de contribuer à la préservation des écosystèmes forestiers et de la biodiversité, tout en favorisant le développement d’une économie verte reliant l’est et l’ouest du pays.
Dans sa correspondance, la Coalition Verte estime que la société civile environnementale a un rôle stratégique à jouer dans la concrétisation de cette ambition. Elle met en avant la diversité de ses membres et de leurs compétences, qui comprennent des professeurs d’université, des experts du climat, des praticiens de terrain, des femmes, des jeunes, des opérateurs économiques, des personnes vivant avec un handicap ainsi que des représentants des communautés locales et des peuples autochtones pygmées.
Pour ces organisations, leur implication permettra de renforcer l’appropriation communautaire du projet, d’améliorer la gouvernance environnementale et de favoriser une mise en œuvre tenant compte des réalités sociales, économiques et culturelles des populations concernées.
La conservation doit reconnaître les droits des communautés
Au-delà de leur volonté de soutenir les efforts de la Fondation Virunga, les membres de la Coalition insistent sur la nécessité de concilier la protection de la nature avec le respect des droits humains. Ils rappellent que les communautés locales et les peuples autochtones pygmées jouent depuis longtemps un rôle essentiel dans la préservation des forêts grâce à leurs connaissances traditionnelles, à leurs pratiques coutumières et à leurs modes de gestion des ressources naturelles.
La Coalition Verte estime que les efforts et les sacrifices consentis par ces populations en faveur de la conservation doivent être reconnus, encadrés et accompagnés afin de produire des résultats plus ambitieux.
Elle met toutefois en garde contre le risque de voir l’urgence climatique servir de justification à de nouvelles formes de marginalisation ou d’expulsion des populations de leurs terres ancestrales.
« La nature n’est pas à protéger contre les communautés locales et les peuples autochtones pygmées. Elle n’est pas non plus à protéger sans les communautés locales ou loin de celles-ci », souligne la Coalition dans sa correspondance.
Cette position traduit la volonté de promouvoir une conservation communautaire dans laquelle les populations concernées ne sont pas considérées uniquement comme des bénéficiaires, mais comme des partenaires à part entière dans la gestion des espaces naturels.
Les organisations signataires plaident ainsi pour le renforcement de la justice environnementale, de la transparence et de la participation communautaire. Elles préconisent également la mise en place de mécanismes d’alerte précoce afin de prévenir les violations des droits humains et les conflits susceptibles de compromettre les objectifs du projet.
Le consentement communautaire au centre du projet
La Coalition Verte insiste particulièrement sur le respect du principe de consentement libre, informé, préalable et éclairé (CLIP), qu’elle considère comme un élément essentiel de la légitimité sociale des initiatives de conservation.
Selon les organisations signataires, la durabilité écologique ne peut être dissociée de la reconnaissance des droits des communautés, de leur participation effective aux processus décisionnels et du partage équitable des bénéfices issus des activités de conservation.
Dans cette perspective, elles proposent d’accompagner les populations dans la compréhension des textes juridiques encadrant le Couloir Vert Kivu-Kinshasa, mais aussi de leur fournir un appui en matière de défense des droits fonciers et coutumiers.
La Coalition entend également contribuer à la prévention et à la résolution des conflits liés à la gestion des espaces protégés, aux investissements et à l’exploitation des ressources naturelles. Elle envisage, à cet effet, de faciliter le dialogue entre les autorités publiques, les gestionnaires des espaces protégés, les investisseurs et les communautés concernées.
L’assistance juridique et judiciaire aux communautés locales et aux peuples autochtones pygmées figure également parmi les domaines d’intervention proposés.
Éducation environnementale et économie verte
Les organisations membres de la Coalition proposent un ensemble d’interventions destinées à soutenir la mise en œuvre du projet sur le terrain.
Ces actions comprennent notamment l’éducation environnementale communautaire, la vulgarisation des textes juridiques, la promotion des droits des défenseurs de l’environnement, le suivi des engagements environnementaux et sociaux des opérateurs économiques, ainsi que la mise en place de mécanismes communautaires de gestion des plaintes et de médiation.
La Coalition souhaite également contribuer au développement d’activités économiques compatibles avec la conservation des écosystèmes. Elle cite notamment l’agroforesterie, l’écotourisme, les énergies renouvelables et l’entrepreneuriat vert comme des secteurs susceptibles de favoriser les moyens de subsistance des populations tout en réduisant la pression sur les ressources forestières.
Une attention particulière devrait être accordée aux groupes vulnérables, notamment les femmes, les jeunes, les personnes âgées et les personnes vivant avec un handicap, afin qu’ils puissent participer aux initiatives de développement et bénéficier des retombées du projet.
La valorisation des savoirs traditionnels et des pratiques locales de conservation constitue également un axe important de cette proposition de collaboration.
Un enjeu majeur pour l’avenir environnemental de la RDC
À travers cette démarche, la Coalition Verte pour le Couloir Vert Kivu-Kinshasa affirme sa disponibilité à accompagner la Fondation Virunga et les communautés concernées dans la mise en œuvre du projet.
Elle considère que la participation structurée des organisations de la société civile pourrait contribuer à renforcer la gouvernance du Couloir Vert, à prévenir les tensions sociales et à favoriser un modèle de conservation conciliant la protection de la biodiversité et le développement économique.
Selon la Coalition, le projet représente une opportunité pour la République démocratique du Congo de consolider son rôle dans la lutte contre les changements climatiques et de promouvoir une économie verte reliant les régions orientales et occidentales du pays.
Les organisations signataires évoquent notamment l’objectif de préserver plus de 100 000 km² de forêts primaires, tout en réaffirmant le statut de la RDC comme « pays-solution » face aux défis climatiques mondiaux.
Pour ces acteurs environnementaux, la réussite du Couloir Vert Kivu-Kinshasa dépendra donc autant de la protection des écosystèmes que de la capacité des responsables du projet à garantir les droits des populations, à assurer une gouvernance transparente et à partager équitablement les bénéfices de la conservation.
La Coalition Verte souhaite ainsi faire de la société civile environnementale un partenaire stratégique de cette initiative, avec pour ambition centrale de démontrer qu’il est possible de préserver durablement les forêts et la biodiversité sans sacrifier la dignité, les droits et les moyens de subsistance des communautés qui en dépendent.
La rédaction

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