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À Bule, un retour massif de déplacés relance l’espoir en Ituri huit mois après les affrontements

Depuis le 17 août 2026, la localité de Bule, dans le territoire de Djugu, connaît un mouvement de retour des personnes déplacées signalé comme massif. Huit mois après les violents affrontements entre les FARDC et la Convention pour la Révolution Populaire (CRP) de Thomas Lubanga, des familles qui avaient fui vers Bunia et les sites de regroupement reprennent progressivement le chemin de leurs villages d’origine. Ce mouvement intervient après le passage du nouveau gouverneur militaire de l’Ituri, le général-major Kasongo Mulumba Batoka Gaby, dont la première mission d’itinérance dans le territoire a été largement consacrée à la question du retour.

Lors d’un meeting populaire tenu à Bule, il a appelé les déplacés à rentrer « progressivement » et a présenté ce retour comme la condition sine qua non d’une normalisation durable dans cette partie de la province. Le contexte qui pousse aujourd’hui au retour est d’abord sécuritaire.

Nommé le 5 juin 2026 en remplacement du lieutenant-général Johnny Luboya Nkashama, le général Kasongo a reçu du président Tshisekedi pour mission de « rétablir rapidement la paix, l’ordre et la sécurité publics » et de « favoriser le retour des déplacés vers leurs milieux d’origine ». Depuis le 10 août 2026, il séjournait dans le territoire de Djugu, épicentre des violences en Ituri, où opèrent encore la CODECO et la CRP. Les FARDC ont multiplié les opérations contre la CRP depuis août 2025, avec des offensives à Datule, Fitchama, Loromi, Buki, Kasenyi et Nyamamba qui ont fragilisé le mouvement.

À Iga-Barrière, à moins de 35 km au nord de Bunia, l’armée avait annoncé dès le 2 août 2025 la reprise du contrôle total et lancé un appel pressant au retour des populations, estimant la menace « résiduelle ». C’est dans cette dynamique que Bule, autrefois vidée par les exactions, voit revenir ses habitants. Mais ce retour se fait dans un climat encore fragile. Les autorités militaires assurent que le déploiement des troupes au sol garantit la sécurité et que les écoliers peuvent reprendre le chemin de l’école.

Le président intérimaire de la société civile de Bule reconnaît une amélioration de la relation civilo-militaire, tout en soulignant que la confiance doit encore se consolider par le comportement des militaires sur place. Le principal frein demeure la présence persistante d’éléments de la CRP dans les périphéries, qui entretient un climat de suspicion et freine l’élan de retour. Les FARDC dénoncent par ailleurs des cas de manipulation : certaines personnes se déclarent déplacées alors qu’elles se trouvent à quelques dizaines de mètres seulement de leurs habitations. Pour contrer cela, le gouverneur a sollicité l’implication du vicaire général du diocèse de Bunia afin de sensibiliser les fidèles au retour progressif.

Au-delà de la sécurité, le retour à Bule pose la question cruciale de la réintégration et des conditions de vie. Selon le dernier rapport humanitaire de juillet 2026, en Ituri les déplacements et les retours évoluent simultanément : de nouveaux déplacements sont encore signalés à Mambasa et Irumu à cause des ADF. La pression sur les communautés d’accueil reste forte, la majorité des ménages déplacés étant hébergée au sein de familles d’accueil.

À Bule, les besoins urgents portent sur les abris, les articles ménagers essentiels, la sécurité alimentaire, la santé et l’accès à l’eau. Les autorités estiment que le retour dans les villages d’origine pourrait réduire les souffrances liées aux conditions difficiles dans les sites, mais les humanitaires rappellent que sans accompagnement, les retours précoces risquent de créer de nouvelles vulnérabilités.

La feuille de route du général Kasongo va au-delà du seul volet sécuritaire. Lors du briefing Ebola du 19 juin à Bunia, il a présenté quatre axes prioritaires : restauration durable de la paix, réconciliation sincère des communautés ituriennes, retour volontaire des déplacés, et développement. Le défi est double : éteindre les foyers de violence et empêcher la propagation d’Ebola, déclarée le 15 mai en Ituri, dans une province déjà fragilisée par les déplacements massifs. Le nouveau gouverneur, ancien commandant adjoint chargé des opérations et renseignements en Tshopo depuis août 2025, mise sur une approche combinée sécuritaire et humanitaire. Il exhorte aussi les jeunes embrigadés à quitter les groupes armés et à « s’engager en faveur de la paix et de la stabilité ».

À Bule, le symbole est fort. Huit mois après les affrontements FARDC-CRP qui avaient vidé la localité, le retour massif amorcé depuis le 17 août 2026 marque un tournant psychologique. Il traduit à la fois l’effet du discours d’autorité du nouveau gouverneur militaire et une lassitude des populations face à la vie dans les camps. Reste à transformer cet élan en stabilisation durable : désarmer la menace résiduelle de la CRP, consolider la confiance entre civils et militaires, et permettre aux retournés de retrouver terres, écoles et marchés. Comme le résume la société civile locale, le retour définitif et la relance économique de Bule sont conditionnés à une sécurité perçue comme permanente. La mission du général Kasongo Mulumba ne fait donc que commencer.

Rédaction

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