Le débat sur la fermeture de l’aéroport de Murongo/Bunia rebondit. Alors que les indicateurs d’Ebola sont en baisse en Ituri, le député provincial et Professeur Pascal Ndudanga Kavarios exige la levée immédiate de cette mesure qu’il juge discriminatoire pour la province.
Cette demande s’appuie sur les données de la riposte. Selon le Pr Jean-Jacques Muyembe, dix zones de santé de l’Ituri n’ont enregistré aucun nouveau cas depuis 21 jours. A Mongbwalu, épicentre de l’épidémie, le coordonnateur MSF confirme : les admissions au CTE sont désormais inférieures au pic et la tendance est à la baisse et à la stabilisation.
Dans sa déclaration, Kavarios s’exprime en triple qualité : député national honoraire, député provincial et président de la commission PAJ de l’Assemblée provinciale, mais aussi professeur d’universités. Il commence par remercier le Président Félix Tshisekedi pour les infrastructures offertes à l’Ituri, dont le prolongement de la piste de l’aéroport de Murongo, l’asphaltage routier et les auditoires de l’UNIBU.
Pour lui, ne pas exploiter pleinement cette infrastructure relève d’un « complot tendant à freiner la participation de l’Ituri aux grands enjeux nationaux et internationaux ».
Il estime que la décision du ministère des Transports et de l’équipe de riposte est inopportune, non fondée et contraire aux recommandations de l’OMS, qui préconise le renforcement du contrôle sanitaire aux points d’entrée, pas la fermeture des aéroports.
Cette fermeture a un effet pervers, selon l’élu. Les populations de Bunia contournent l’interdiction en empruntant des voies routières, lacustres ou fluviales, s’exposant ainsi à des conditions sanitaires et sécuritaires bien plus critiques que si elles transitaient par l’aéroport.
D’autant que, rappelle-t-il, « les structures de prise en charge à l’aéroport de Murongo/Bunia sont restées intactes depuis l’époque de COVID-19 ». Pour le député, il suffisait de les réactiver au lieu d’isoler toute une province.
Il dénonce également deux autres incohérences : l’importation de main-d’œuvre extérieure pour la riposte alors que les compétences existent localement, ce qui n’est pas un « signe de compassion », et le fait que les membres de la riposte et certaines autorités utilisent elles-mêmes l’aéroport de Bunia pour circuler en Ituri « comme s’ils jouissaient d’une immunité naturelle ».
L’argument géographique est central. L’épicentre se trouvait à Mungbwalu et la maladie a progressé vers Beni, Butembo, Isiro et Kisangani, où les aéroports restent ouverts aux vols commerciaux et humanitaires. “Il est inacceptable de garder seul l’aéroport de Bunia fermé”, martèle-t-il.
C’est pourquoi il plaide pour la levée immédiate de la mesure, au nom de la population de l’Ituri sous état de siège, “qui se sent injustement et doublement enclavée” sur le plan économique et humanitaire.
Un appel qui se veut compatible avec la vigilance sanitaire. Si les autorités appellent à ne pas crier victoire trop vite, pour Kavarios, la vigilance ne doit plus rimer avec l’enclavement total d’une province déjà fragilisée.
Nickson Manzekele

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