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Sud-Kivu : 91 suicides recensés en 3 mois, la santé mentale révèle une crise silencieuse persistante

Le Sud-Kivu a enregistré plus de 91 cas de suicide au premier trimestre 2026, selon le psychologue Théodore Kala du Centre Olame de Bukavu, dans l’est de la RDC, où les violences, déplacements et traumatismes aggravent la détresse psychologique des populations, particulièrement chez les femmes vulnérables.

« Plus de 91 cas de suicide ont été enregistrés uniquement au premier trimestre 2026 dans la province du Sud-Kivu », alerte Théodore Kala, psychologue clinicien chargé du département Protection et Soutien psychosocial au Centre Olame de Bukavu.

Pour ce spécialiste, ces chiffres ne reflètent qu’une partie de la souffrance psychologique présente dans les communautés. Plusieurs personnes confrontées à des traumatismes graves ne bénéficient pas d’un accompagnement spécialisé, tandis que certaines situations restent confinées au sein des familles, par peur du regard social ou faute de structures accessibles.

Dans le territoire de Kabare, situé au nord de la ville de Bukavu, cette situation apparaît également préoccupante. Une enquête menée en août 2026 par ICOPREN dans plusieurs localités fait état de troubles mentaux dans 3 ménages sur 5 interrogés.

Les données concernent notamment Mabingu, Kajuchu, Bulindi, Miti Kafurumaye, Bushumba, Kavumu-Mbayo, Nyamakana, Cijo, Cirunga, Walungu-Centre et Kagabi, des localités situées dans cette partie du Sud-Kivu.

Derrière ces statistiques se trouvent des personnes confrontées à des expériences profondément traumatisantes. Les violences sexuelles, les viols et les déplacements forcés peuvent laisser des séquelles durables, notamment des souvenirs envahissants, une forte anxiété, des réactions émotionnelles brusques ou encore un sentiment permanent d’insécurité.

Les femmes figurent parmi les personnes particulièrement exposées. Dans des communautés déjà fragilisées par les violences et la précarité, les conséquences psychologiques peuvent persister longtemps après les événements vécus. La souffrance devient parfois invisible, tout en affectant la vie familiale, les relations sociales et les capacités économiques.

Théodore Kala insiste ainsi sur l’importance de faciliter l’accès aux soins et de combattre la stigmatisation qui empêche certaines personnes de solliciter de l’aide.

« J’appelle toute personne ayant connu un traumatisme grave à consulter sans honte le centre psychiatrique le plus proche. J’appelle aussi à la solidarité communautaire », recommande-t-il.

À Kabare, certaines femmes ont choisi de s’appuyer sur la solidarité collective pour retrouver progressivement une stabilité. Le groupe Bazire Rhuderhe Kuguma rassemble 22 femmes ayant vécu des expériences traumatiques et engagées aujourd’hui dans la production et la commercialisation du Kasiksi, une boisson traditionnelle locale.

Cette activité constitue pour elles une source de revenus, mais aussi un espace d’échange et de reconstruction. Le travail collectif leur permet de maintenir les liens sociaux, de partager leurs difficultés et de retrouver progressivement une autonomie affectée par les traumatismes et la précarité.

« Travailler ensemble, dialoguer nous aide à oublier et à nous relever », témoigne Nabulonza Tumaini, dite Nyabadeux, présidente du groupe.

Cette initiative montre que l’accompagnement psychologique peut également s’appuyer sur les capacités de solidarité présentes au sein des communautés. L’activité économique, les échanges entre membres et le soutien social peuvent contribuer au rétablissement des personnes confrontées à des situations difficiles.

Le groupe reste toutefois confronté à plusieurs besoins. Ses membres sollicitent notamment du matériel de production, une formation en gestion ainsi qu’un accompagnement psychosocial pour renforcer leur activité et consolider les acquis obtenus grâce au travail collectif.

Au-delà de ces initiatives, les professionnels insistent sur la nécessité de renforcer les services de santé mentale dans une province où les populations sont régulièrement exposées aux violences, aux déplacements et à différentes formes de précarité.

La prévention du suicide nécessite également une meilleure sensibilisation, une écoute de proximité et une orientation rapide vers des professionnels qualifiés. Pour les familles, l’identification des signes de détresse et l’accompagnement des personnes en difficulté peuvent aussi jouer un rôle important.

Le défi demeure donc de faire de la santé mentale une composante durable de l’aide apportée aux populations du Sud-Kivu. Les besoins ne concernent pas uniquement les blessures physiques ou les pertes matérielles, mais également les traumatismes qui continuent d’affecter les personnes plusieurs mois après les événements.

Au premier trimestre 2026, plus de 91 suicides avaient déjà été recensés dans la province, selon Théodore Kala. Puis, en août 2026, l’enquête menée dans plusieurs localités de Kabare signalait des troubles mentaux dans 3 ménages sur 5 interrogés. Ces données montrent que la détresse psychologique reste une réalité majeure dans l’est de la RDC.

 

Yseult Lwanga

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