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RDC: Azarias Ruberwa alerte sur Minembwe et appelle à une « paix des braves » face aux tensions

L’ancien vice-président Azarias Ruberwa alerte sur une reprise des hostilités à Minembwe, dans le Sud-Kivu, après deux mois d’accalmie, dénonçant des bombardements de drones, un blocus et destructions, tout en appelant à une enquête internationale et à une « paix des braves ».

Lors d’un Space live tenu jeudi, Azarias Ruberwa a dressé un tableau préoccupant de la situation sécuritaire à Minembwe et dans les Hauts Plateaux du Sud-Kivu, dans l’est de la République démocratique du Congo. Il affirme que les bombardements de drones auraient repris après environ deux mois d’accalmie.

Selon l’ancien vice-président de la République, la population de Minembwe fait également face à des difficultés d’accès aux marchés en raison d’un blocus qui perturbe fortement l’approvisionnement. Il dénonce par ailleurs d’importantes destructions visant, selon lui, des maisons, des écoles, des structures sanitaires et du bétail.

« Minembwe est bombardé aujourd’hui parce qu’il y a là justement cette population banyamulenge », affirme Azarias Ruberwa, qui appelle à une enquête internationale afin d’établir les responsabilités dans les violences et les destructions rapportées dans cette partie du Sud-Kivu.

L’ancien vice-président s’est également interrogé sur la présence de troupes burundaises aux côtés des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC). Il leur reproche d’avoir, selon lui, causé des pertes au sein de la population au cours des dernières années.

Azarias Ruberwa estime que la sécurité actuelle de Minembwe repose notamment sur le groupe d’autodéfense Twirwaneho, qu’il présente comme ayant été créé il y a neuf ans. Il appelle toutes les parties à respecter le cessez-le-feu et plaide pour une « paix des braves » sur l’ensemble des fronts dans l’est du pays, de Minembwe à Walikale, en passant par Fizi et Baraka.

Sur le plan politique, Azarias Ruberwa est également revenu sur les débats autour de la Constitution congolaise. Il rejette l’idée selon laquelle l’actuelle Loi fondamentale serait le résultat d’une manipulation étrangère, rappelant avoir lui-même participé à la campagne en faveur de son adoption, notamment à Bunia et dans les provinces du Kivu.

« Tout le monde a été envoyé pour aller faire la propagande. Moi, j’ai été à Bunia (…) », rappelle-t-il, en soulignant que la Constitution avait suivi le processus institutionnel prévu avant son adoption.

Azarias Ruberwa fustige ainsi l’attitude de certains acteurs politiques qui réclament aujourd’hui une modification de la Constitution alors qu’ils avaient, selon lui, participé à sa promotion et bénéficient actuellement de plusieurs de ses dispositions.

Il insiste également sur le fait que les conflits qui ont marqué la RDC au cours des dernières décennies ne peuvent pas être attribués à une seule communauté. Il cite notamment Corneille Nangaa, à la tête de l’AFC/M23, en soulignant son origine dans la province du Haut-Uélé.

« Nangaa, qui préside aux destinées de l’AFC/M23, est de la province du Haut-Uélé. Avez-vous déjà vu son village bombardé ? », s’interroge Azarias Ruberwa, dénonçant ce qu’il considère comme une lecture communautaire des violences qui touchent l’est du pays.

L’ancien vice-président critique également les propos attribués à Martin Fayulu sur les Banyamulenge, qu’il qualifie de « scandaleux » et de « honteux ». Il appelle l’opposant à les retirer, estimant qu’ils pourraient laisser une trace négative dans l’histoire.

Azarias Ruberwa affirme par ailleurs que la question de la nationalité doit être abordée à la lumière de la législation congolaise et de l’histoire du pays, plutôt que d’être utilisée pour désigner une communauté comme responsable des crises sécuritaires.

Concernant la situation politique nationale, il estime que Félix Tshisekedi ne devrait pas chercher à briguer un troisième mandat, considérant qu’une telle démarche créerait une nouvelle crise de légitimité.

« Le peuple a déjà décidé », soutient-il, appelant au respect des dispositions constitutionnelles en vigueur.

Sur le dialogue national, Azarias Ruberwa plaide pour un processus réellement inclusif, estimant que les acteurs impliqués dans la crise doivent pouvoir participer aux discussions.

« Sinon, on fait la paix avec qui ? », s’interroge-t-il, insistant notamment sur la nécessité d’associer Joseph Kabila ainsi que les opposants actuellement en exil à un éventuel processus de dialogue.

Il se montre également critique envers les négociations engagées à Doha, au Qatar, entre les parties impliquées dans la crise congolaise. Pour lui, ces discussions doivent être encadrées par un calendrier et un agenda précis afin d’aboutir à des résultats concrets.

« On négocie à l’infini, ce n’est pas normal. Il faut un agenda. On a l’impression que les acteurs ne sont pas pressés », déplore-t-il.

Sur les relations entre la RDC et le Rwanda, Azarias Ruberwa estime que la solution à la crise doit nécessairement passer par les négociations, même s’il reconnaît que les rapports de force militaires continuent de peser sur les discussions.

« Il n’y a pas deux façons de faire la paix : soit on l’impose par la guerre, ce qui peut prendre beaucoup de temps, soit par des négociations. Mais en tant qu’observateur intéressé, je ne peux pas soutenir la première option », affirme-t-il.

Cette prise de position intervient alors que la situation sécuritaire demeure fragile dans plusieurs territoires du Sud-Kivu et du Nord-Kivu. Minembwe, situé dans les Hauts Plateaux du territoire de Fizi, reste l’une des zones régulièrement affectées par les violences armées et les tensions communautaires.

Depuis plusieurs années, les affrontements dans l’est de la RDC ont provoqué des déplacements massifs de populations et aggravé les difficultés d’accès aux services essentiels. Les appels au cessez-le-feu, au dialogue et à une solution politique durable continuent ainsi de se multiplier, tandis que les initiatives de paix se poursuivent entre les différentes parties.

ELISE KANT

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