La Première ministre Judith Suminwa a défendu mercredi 23 septembre 2026 à New York les positions de la RDC sur la guerre dans l’Est, le dialogue national, Ebola, l’éducation, les minerais critiques, le corridor de Lobito et la réforme du Conseil de sécurité.
Devant les représentants des États membres réunis à la 81ᵉ session de l’Assemblée générale des Nations unies, la cheffe du gouvernement congolais a consacré une importante partie de son intervention à la situation sécuritaire dans l’Est de la République démocratique du Congo.
Judith Suminwa a dénoncé ce qu’elle qualifie de « guerre d’agression » menée par le Rwanda « sous couvert de l’AFC/M23 », en référence aux éléments documentés par les Nations unies. Elle a également évoqué les violences attribuées aux ADF et à la CODECO.
La Première ministre a salué l’accord de paix signé à Washington le 27 juin 2025, le processus de Doha ainsi que la feuille de route de l’Union africaine. Elle a toutefois estimé que, malgré ces initiatives diplomatiques, la paix reste encore à concrétiser pour des millions de Congolais.
Revenant sur la résolution 2773 du Conseil de sécurité, Judith Suminwa a rappelé les exigences relatives au retrait des forces rwandaises, au désengagement de l’AFC/M23 et au démantèlement des administrations parallèles dans les zones concernées.
« Nous n’attendons pas de nouveaux textes pour remplacer ceux qui ont déjà été adoptés. Nous attendons leur exécution », a-t-elle déclaré.
Sur la question des FDLR, la Première ministre a estimé que leur présence ne pouvait désormais plus être invoquée pour justifier le maintien d’une force militaire étrangère sur le territoire congolais.
Elle a rappelé le protocole signé le 30 mai 2026 par la direction politique et militaire des FDLR, prévoyant le désarmement, la démobilisation et le cantonnement de leurs combattants avant leur rapatriement ou leur relocalisation, jusqu’à la dissolution du mouvement, sans préjudice des poursuites liées aux crimes graves.
Selon elle, le rapatriement, le 8 septembre 2026, de 120 personnes associées aux FDLR avec l’appui de la MONUSCO constitue une première traduction concrète de ce processus.
Judith Suminwa a également appelé à une mise en œuvre coordonnée des mécanismes de Washington, de Doha et de l’Union africaine, avec un calendrier précis, une vérification indépendante et des sanctions en cas de violation des engagements.
Abordant le dialogue national lancé par le président Félix Tshisekedi, la Première ministre a assuré que cette initiative devait contribuer à renforcer la cohésion nationale et à traiter les fragilités internes du pays.
Elle a affirmé que le gouvernement restait disposé à échanger avec les forces politiques et sociales attachées à la République, à la Constitution, à l’intégrité territoriale et au rejet de la violence.
« Nous parlerons entre Congolais avec franchise et responsabilité, mais aucun dialogue intérieur ne saurait transformer une agression extérieure en simple différend domestique », a-t-elle déclaré, ajoutant qu’aucune agression extérieure ne devait non plus empêcher la RDC de corriger ses propres faiblesses.
La cheffe du gouvernement a par ailleurs présenté la lutte contre Ebola comme une priorité de son action. Elle a évoqué l’épidémie liée à la souche Bundibugyo et affirmé que la riposte engagée avec l’appui des partenaires internationaux produit « depuis peu des résultats tangibles ».
Elle a rendu hommage aux personnels de santé, aux chercheurs, à l’Organisation mondiale de la santé et à Africa CDC, alors que des essais cliniques sont menés pour évaluer des vaccins et traitements adaptés à cette souche du virus.
Sur le plan social, Judith Suminwa a mis en avant les résultats de la gratuité de l’enseignement primaire instaurée en 2019. Selon les chiffres présentés à l’ONU, cette politique aurait permis à plus de 5 millions d’enfants supplémentaires d’accéder à l’école.
Au cours de l’année scolaire 2023-2024, plus de 21 millions d’élèves étaient inscrits dans l’enseignement primaire, contre 14,7 millions quatre ans auparavant. La Première ministre a toutefois reconnu que l’augmentation des effectifs devait désormais s’accompagner d’une amélioration de la qualité de l’enseignement.
Elle a cité la construction et la réhabilitation des écoles, le lancement des cantines scolaires ainsi que les efforts visant à améliorer l’accès à l’éducation pour les filles, les enfants handicapés et les enfants déplacés.
Dans le secteur de la santé, elle a également évoqué l’extension progressive de la couverture santé universelle, notamment à travers la gratuité de la maternité, la vaccination et l’accès aux médicaments essentiels.
Le développement économique a occupé une autre place importante dans son intervention. Judith Suminwa a présenté le corridor de Lobito comme un projet susceptible de contribuer à l’industrialisation de la RDC et à l’intégration économique régionale.
Elle a salué l’engagement de l’Angola, de la Zambie, des États-Unis, de l’Union européenne, de la Banque mondiale, de la Banque africaine de développement et du secteur privé dans ce projet destiné notamment à améliorer les infrastructures ferroviaires, énergétiques et commerciales.
« Un corridor qui raccourcirait seulement le chemin de la mine au port ne ferait que reproduire le passé », a-t-elle prévenu, appelant à des investissements permettant une transformation locale plus importante des ressources.
La question des minerais critiques a également été abordée. La RDC, premier producteur mondial de cobalt et grande puissance cuprifère, entend selon Judith Suminwa accroître la transformation locale de ses ressources et développer notamment les précurseurs de batteries.
« On ne bâtira pas une économie décarbonée avec des minerais ensanglantés », a-t-elle affirmé, plaidant pour des chaînes d’approvisionnement traçables et responsables.
La Première ministre a également fixé l’objectif de « zéro enfant dans les mines », tout en appelant à une coopération internationale pour établir des chaînes de valeur des minerais critiques plus transparentes, durables et résilientes.
Sur le plan climatique, elle a rappelé le rôle de la RDC dans la protection du bassin du Congo, présenté comme l’un des grands régulateurs climatiques de la planète. Elle a ainsi plaidé pour une plus grande justice climatique et une meilleure prise en compte des responsabilités et besoins des pays africains.
Judith Suminwa a enfin consacré une partie de son intervention à la réforme du Conseil de sécurité des Nations unies. La RDC, membre non permanent du Conseil pour la période 2026-2027, soutient la position africaine issue notamment du Consensus d’Ezulwini et de la Déclaration de Syrte.
Kinshasa réclame ainsi 2 sièges permanents pour l’Afrique, avec les mêmes prérogatives que les autres membres permanents, y compris le droit de veto tant que celui-ci subsistera, ainsi que 2 sièges non permanents supplémentaires.
La Première ministre a aussi estimé que l’absence de l’Afrique parmi les membres permanents du Conseil de sécurité constituait une « anomalie historique ».
Elle a appelé à une réforme des institutions internationales afin de mieux refléter les équilibres actuels du monde. Elle a notamment dénoncé ce qu’elle considère comme une application variable des principes du droit international selon les crises et les régions.
« Il ne peut y avoir de confiance durable lorsque la force de nos principes proclamés varie selon les peuples, les crises ou les circonstances », a-t-elle déclaré.
Son intervention a également porté sur l’intelligence artificielle, avec un plaidoyer en faveur d’une gouvernance mondiale plus inclusive et de la création d’un fonds destiné au renforcement des capacités des pays en développement.
La 81ᵉ session de l’Assemblée générale des Nations unies s’est ouverte le 8 septembre 2026 et son débat général se déroule du 22 au 28 septembre à New York, aux États-Unis. La participation de Judith Suminwa intervient alors que la RDC siège au Conseil de sécurité comme membre non permanent pour la période 2026-2027, avec un agenda diplomatique marqué par la situation sécuritaire dans l’Est, les processus de paix et les revendications africaines sur la réforme du système multilatéral.
LA REDACTION

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