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Ituri/Nord-Kivu : un médecin démonte la mesure interdisant l’entrée des Ituriens au Nord-Kivu

 

Face à la résurgence d’Ebola, la province du Nord-Kivu a interdit pour une semaine l’entrée des personnes en provenance de l’Ituri. Une décision jugée risquée par le Chef du pilier points d’Entrée de l’Ituri.

C’est une prise de position technique courageuse. Dans une note d’analyse dont lesvolcansnews.net a reçu copie, le docteur Théophile Ponde, chef du pilier Point d’Entrée et de Contrôle (PoE) de la province de l’Ituri et Coordonnateur du Programme National d’Hygiène aux Frontières (PNHF), apporte un éclairage critique sur la mesure d’interdiction temporaire d’entrée au Nord-Kivu des populations venant de l’Ituri.

Pour ce spécialiste en première ligne de la riposte Ebola, la mesure, bien qu’animée d’une bonne intention, est épidémiologiquement contre-productive.

Une mesure qui pousse à la clandestinité

Selon le Dr Ponde Théophile, le risque de transmission d’Ebola ne dépend pas du lieu de provenance, mais de l’exposition réelle au virus, des contacts et de l’état de santé. Une personne peut d’ailleurs être en incubation sans aucun symptôme au contrôle.

Le plus grand danger de cette interdiction générale est ailleurs : « Une restriction généralisée peut entraîner le contournement des points de passage officiels, avec pour conséquence une diminution de la visibilité des mouvements de population et une perte d’opportunités de dépistage, de sensibilisation et de notification des alertes ».

En clair, en fermant la porte officielle, on ouvre la voie aux passages clandestins, impossibles à contrôler.

Que propose le Dr Ponde Théophile ?

L’expert recommande 5 actions concrètes, conformes aux directives de l’OMS qui déconseille les restrictions de déplacement et de commerce :

1. Des contrôles renforcés 24h/24 sur les axes stratégiques Ituri – Nord-Kivu.
2. Un contrôle sanitaire systématique avec recherche des symptômes et des expositions à risque.
3. L’identification et le suivi des contacts selon les protocoles du Secrétariat Général à la riposte.
4. Un référencement rapide des suspects vers les CTE/CT avec ambulance disponible en permanence.
5. Une surveillance communautaire renforcée et une collaboration réelle entre les deux provinces.

Il rappelle l’échec de « l’opération cadenas » entre l’Ituri et le Haut-Uélé dans la zone de santé de Niania, qui n’a rien donné faute d’implication technique du pilier PoE-PoC.

Pour Théophile Ponde, la priorité doit être une « surveillance sanitaire renforcée, coordonnée et fondée sur le risque, avec des mesures proportionnées à la situation épidémiologique ».

Nickson Manzekele

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